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Date du départ : jeudi 9 octobre 2003, 18H00
Date d'arrivée : jeudi 16 octobre 2003, 1H00


Jeudi 9 octobre, départ de la Gomera et traversée jusqu'à Dakar
 

 

Départ en fin d'après-midi des Canaries. Il fait beau, la météo sur RFI annonce nord, nord est, 4 à 5 beaufort.

J0 :
Près des côtes, nous apercevons un dauphin qui s'enfuit. Il se dirige vers un endroit où justement sont attroupés une multitude d'oiseaux. Nous nous dirigeons dans cette direction où tout porte à dire qu'il y a un banc de poisson... en fait, il n'y a plus personne à notre arrivée et nous avons perdu le bas de ligne (hameçon et poids) au passage (quelqu'un de gros avait dû mordre) ! Nous reprenons cap au sud.

Après quelques heures, nous apercevons Hierro au loin. Puis c'est le large et la nuit...

 

 

Nous estimons la durée de la navigation à 5 - 6 jours, suivant le vent.

J1 :
Le vent monte pendant la nuit et le moteur peut enfin s'arrêter. 15 noeuds, puis 20 noeuds... Madéo file maintenant à 7 noeuds plein sud. La nuit est longue et Antoine sent la fatigue qui l'assaillit de toute part. Nous n'avons pas assez préparé la navigation, le bateau n'est pas très bien rangé et nous n'avons pas lu les guides nautiques... Enfin dans l'ensemble nous sommes tout de même prêts pour ces 5 jours de mer...

La houle se forme peu à peu. Nous avons bien avancé cette nuit, Antoine a fait une bonne moyenne de 7 noeuds. Ça commence bien. Au lever du jour, Hélène prend le relais, Antoine a trop donné cette nuit et la pluie commence à tomber.

Préparation limite et grosse fatigue entraînent souvent les accidents ! Ce coup ci, ça n'a pas loupé !!! Au moment de rentrer dormir, le capot de l'entrée s'effondre sur Antoine... Boum et reboum... Un gros coup derrière sa tête qui le projette contre le bord de la descente. Bien sonné, il s'assoit sur la couchette et tâte son front pour constater les dégâts. A première vue: rien... Mais au deuxième passage sa main est toute rouge. Cela saigne !
" Hélène, viens vite... HELENE !!! "
Après beaucoup d'hésitation, nous décidons de ne pas recoudre. Un bon nettoyage, du sparadrap pour maintenir la plaie et c'est partir pour la convalescence.

 

 
Une pointe à 8 noeuds (en bas à gauche sur l'écran du GPS). Nous sommes contents, le bateau tient bien la route, ça bouge un peu à l'intérieur. C'était le bon point de la première nuit avant le gros bobo !

 

 

 

Antoine se blesse au petit matin à la tête. La photo est claire avec le flash, en réalité on ne voit pas grand chose à l'intérieur avec nos petites lampes. Désinfection, pansement serré et une bonne nuit de jour pour Antoine. Hélène s'occupe du bateau toute la journée, le vent est retombé et c'est le moteur qui prend à nouveau le relais.
Quand le vent refait son apparition en fin de journée, Hélène est fatiguée et n'arrive plus à hisser les voiles. Antoine prend son courage à deux mains, sort l'aider et prend le quart pendant 2 heures avant la nuit.
 

 

J2 :
Après une nouvelle bonne nuit (ça fait du bien de dormir la nuit en navigation), Antoine se réveille avec un bon mal de crâne mais retrouve le sourire. Hélène, qui a veillé pendant tout ce temps sur Madéo et sur Antoine, a en plus préparé des repas pour les deux jours à venir.
Nous attrapons une nouvelle dorade Coryphène, mais Antoine la remonte un peu vite et la voilà qui s'échappe. Les réserves de poissons sont presque finies, c'est dommage !

 

J3 :
Mauritanie... C'est loin de chez nous ça !!! On sent l'Afrique qui se rapproche à grand pas...

Nous croisons la route des cargos au Cap Blanc. Ils sont bien proches et une veille très attentive reprend !

 
Celui ci passe encore plus près... Petite frayeur car nous ne l'avons pas vu arriver !
A la tombée de la nuit, c'est en une dizaine de minutes qu'1 puis 2 et 3, 4, 5, 6 et enfin 7 cargos s'illuminent devant moi. L'angoisse !!! Pour finir nous passerons au milieu de tous sans changer de cap, mais Antoine ne retrouvera le noir complet qu'une heure avant le lever du soleil. Sacrée nuit !!!
 
Petit déj reconstituant. Les nuits sont encore bien fraîches et humides. Nous portons nos cirés. Antoine a retrouvé la forme et mange avec plaisir tous les plats que Hélène lui prépare. " J'ai été bien chouchouté depuis mon accident, on devrait se cogner plus souvent "
Cette fois-ci un thon mord à la ligne... Je remonte doucement le poisson pour ne pas le perdre, mais au moment de le sortir de l'eau il lâche prise ! Ah quelle poisse ! Premier jour ça casse, deuxième jour je me cogne, troisième jour je perds la dorade et aujourd'hui je perds un thon !!! Et en plus les réserves de la Gomera sont belles et bien finies...
 

Jeu d'oiseaux :
Pour nous narguer encore un peu plus, les oiseaux s'intéressent à notre appât. Les poissons n'en veulent pas alors les puffins cendrés et les sternes se jettent dessus. Ils commencent par repérer le poulpe. Puis ils volent en rond pour étudier leur proie et déterminer l'angle d'attaque. Ensuite les puffins cendrés descendent en rase-mottes sur le poulpe tandis que les sternes pratiquent le plongeon vertical. Le résultat fait toujours un gros "splach" et au lieu de s'envoler directement, l'oiseau reste un peu dans l'eau à tâter sa prise avant de se rendre compte qu'il ne pourra pas partir avec.

 

- - - exemple de l'attaque d'un puffin cendré - - -

 

 

1 - repérage de la proie

 

2 : prise d'élan et attaque

 

3 - plongeon !

 

Au bout de la traîne (fil vert que l'on devine sur les trois photos), il y a notre appât, un poulpe en plastique orange.
Les oiseaux goûtent le poulpe pendant quelques secondes, et remontent aussi vite le bec vide.

 

J4 :
Accélération du vent, grossissement de la houle. Que se passe-t-il ?
Nous avons passé le cap Blanc pendant la nuit. Après lecture des Instructions Nautiques (c'est un peu tard mais c'est toujours mieux que de les laisser complètement de côté), nous nous rendons compte qu'il était fortement conseillé de ne pas approcher les côtes mauritaniennes à moins de 60 milles et nous sommes passés à 20 milles ! Les risques sont clairs dans le livre : il y a beaucoup de cargos et de navires de pêche (on l'a remarqué), il y a des hauts-fonds et des épaves juste après le Cap Blanc (on a dû dévier notre route pour assurer le coup !) et surtout on peut se faire arraisonner par des navires de l'armée Mauritanienne qui sont en froid avec l'Espagne et qui contrôlent beaucoup de bateaux. Heureusement que nous sommes passés de nuit car cela ne doit pas être une très bonne expérience !

 

 

Madéo fonce à 8 noeuds de moyenne depuis 4h du matin, un "os entre les dents" (écume blanche sur l'étrave) ->

A l'arrière, une belle traînée blanche
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Lorsqu'une vague nous dépasse, la pale du régulateur d'allure est entièrement submergée, l'eau touche la passerelle habituellement à 1 m au-dessus, de la mer et entre dans le cockpit.
En même temps, le bateau accélère et part en surf
(photo ci-dessous)

 

En surf, nous atteignons des vitesses très intéressantes : 9,9 noeuds ce coup-ci ! Nous traçons toujours plein sud mais en surf le bateau lofe et passe de 180° à 200° ou 230° même parfois (c'est à dire sud ouest)
Notre plus grosse pointe affichée sur le GPS mais non immortalisée est 13,8 noeuds (et il y a peut être eu encore mieux !) Bravo Madéo je ne t'en croyais pas capable.

 
Enfin !!!
Une petite dorade coryphène péchée à la traîne: 1,8 kg tout de même. C'est un mâle, il a une belle nageoire dorsale bleue. Nous le savourerons pendant plusieurs repas : crue et en steak avec des petites patates sautées (un délice).
 

Les oiseaux sont restés au Cap Blanc mais une nouvelle espèce à fait son apparition : le poisson volant... Antoine les attendait avec impatience et les voila enfin qui sautent et volent partout. De l'avant du bateau c'est un fabuleux ballet de les voir, 10 cm au-dessus du niveau de la mer, à planer en esquissant parfois un virage à gauche ou à droite dans une vague.
Notre première capture. Il a atterri au milieu de la nuit sur le pont pendant le quart de Hélène, qui a pris son courage a deux mains, s'est bien attachée avant d'aller ramasser la bestiole qui agonisait à l'avant. Ça bougeait pas mal sur le bateau.

Antoine dédie cette prise à Nathalie Pommart, sa voisine de boulot à qui il a chanté de nombreuses chansons sur les poissons volants !!!

 
J5:
Le vent a molli pendant la nuit. Nous ne faisons plus que du 3 ou 4 noeuds mais nous avons pris de l'avance alors nous naviguons tranquille. Ça fait du bien le calme, ça repose après toutes les émotions des jours précédents !!!
A gauche : mise en place du tangon et empannage sur empannage pour garder le cap 180 car le vent n'est pas régulier : il tourne d'une trentaine de degrés toutes les heures. Pendant ce temps (ci-dessus) MADÉO BARRE TOUT SEUL, c'est bien le régulateur d'allure !
 
 

Madéo n'avance plus qu'à 2 ou 3 noeuds. C'est l'occasion pour un banc de bonites à ventre rayé (sorte de petit thon) de se rafraîchir à l'ombre du bateau. Elles dédaignent notre ligne de traîne pourtant bien appétissante. On essaie toutes les techniques pour au moins en déguster une ce midi...

Il y a de très beaux spécimens. Cela fait plus d'une heure qu'elles nous tournent autour et toujours pas de prise. Antoine va tenter une nouvelle technique : tirer au fusil directement du bateau. C'est interdit et dangereux de charger hors de l'eau ! Nous vous le déconseillons fortement et surtout ne le faites jamais sur la peau nue, vous vous feriez très mal.
 

Après plusieurs tirs, on finit par en attraper une ! Elles ont l'air plus impressionnantes hors de l'eau que dans l'eau, non ?
Une petite soeur suivra dans l'heure.

Elles se débattent beaucoup et aspergent de sang Madéo, on retrouve même des gouttes dans notre chambre, entrées par le hublot.

La première pèse 3 kg et la deuxième 2,5 kg. Vidées et coupées en filet, cela nous fait 3,7 kg de chair fraîche sans arrête. On va se régaler !!!

Tajine de thon, thon cru, couscous au thon, thon poêlé, ou comment consommer 3,7 kg de bonite. Notre préférence : toasts de thon : pain grillé beurré, une lamelle de thon, poivre et sel. Un peu le goût du saumon fumé en bien meilleur.
 

J6 :
On a vraiment eu du mal à comprendre ce que voulait ce cargo : il venait droit sur nous, on changeait de cap, et il revenait sur nous. On ne pouvait ni passer devant, ni passer derrière... Finalement, le cargo nous frôle, et tout l'équipage est aux jumelles à observer le bateau : il voulait juste nous voir de près !

Les températures se sont enfin réchauffées. L'air est très agréable et l'eau a pris quelques degrés. Les douches à l'eau de mer sont chaudes maintenant...

Quand le vent est vraiment trop faible nous mettons un peu le moteur mais heureusement ce ne sont que de courtes périodes.

 

A l'approche de Dakar, des dauphins viennent nous accueillir. C'est un des moments ou l'on se sent vraiment privilégiés d'être en bateau. Ils jouent devant l'étrave et passent sous la coque en pivotant : on voit un oeil qui nous guette... Puis quelques bruits et hop, deux dauphins font un bond, en même temps, de chaque côté du bateau.

 

A gauche avec Antoine...

 

A droite avec Hélène...

 

Ces dauphins africains sont les plus gros que nous ayons vus, environ 2 mètres de long. Ils sont tout gris sur le dos, et blanc sur le ventre. Ils resteront avec nous 45 min : merci les amis...

 
   
 

 

Un saut juste devant Madéo...

 
 
Une nage au ras de l'eau sur la gauche.

 

Un dernier saut doublé avant de nous dire au revoir...

 
L'approche de Dakar se finit de nuit, au milieu des cargos, les yeux rivés sur le radar. Pour finir cela se passera tranquillement car la plupart de nos hôtes sont au mouillage. Ils attendent sûrement le jour pour entrer au port. Nous allons vers le point GPS conseillé pour mouiller en espérant qu'il ne sera pas trop loin du Cercle de Voile de Dakar (appelé couramment : CVD). Nous ne savons pas où il se trouve lui, nous chercherons donc de jour. Arrivés à l'endroit exact indiqué dans nos instructions nautiques, nous sommes au milieu d'une cinquantaine de voiliers... C'est le CVD ! Parfait !!!
Il est 1H00 du matin le 16 octobre. Catherine et Samuel arrivent dans 1 jour et demi. A nous le Sénégal...
 
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