Transat : Cap Vert -> Tobago avant | après
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Date du départ : vendredi 26 décembre 2003, 19h00 (heure UTC) - 18h00 heure locale
Date d'arrivée : samedi 10 janvier 2004, 11h00 (heure UTC) - 7h00 heure locale


 

 

Vendredi 26, 19 h - Cap sur Tobago, 264°

Dans le canal entre Sao Vincente et Santo Antao, on appelle comme convenu Fidelio à la VHF, mais on ne capte rien. Les montagnes limitent les distances de réception et on a pris quelques heures de retard sur lui. Hélène part se reposer un peu.

Madéo, sort presque tout seul du canal, en arrondissant bien les caps : le vent tourne juste comme il faut et le régulateur d'allure fait tout le travail. Mais au bout de quelques milles, la nuit tombe et le vent avec, on lance le moteur. La transat commence bien !

Au milieu de la nuit, Hélène relève Antoine. Le vent est faible et instable. Hélène veille jusqu'au petit matin. On relance les voiles, Madéo repart. Nous avons fait 6h de moteur pendant la nuit.

 

 

Madéo : plein vent arrière, génois tangonné et trinquette côté grand voile.

Les nuages sont magnifiques le soir et le matin, des couleurs surprenantes.

 

 

 

 

Samedi 27 décembre - 135 milles : 5,6 noeuds -

Journée d'amarinement très tranquille entre siestes et lectures : Joshua Slocum pour Hélène et Cruising guide to Trinidad et Tobago pour Antoine.

Le vent fraîchit petit à petit. On est au portant, on empanne deux fois.

On veille à tour de rôle pendant la nuit. Hélène commence dehors en dégustant une orange puis se repose sur une couchette navigateur, sonnerie du réveil réglée toutes les 20 minutes.

Manque de chance, le réveil s'arrête, et c'est le capitaine qui réveille Hélène. Il est temps d'échanger les rôles. Antoine reste dehors et arrive à dormir et à se réveiller seul tous les quarts d'heure.

Le soir, le soleil colore nos voiles blanches en saumon. C'est l'heure de préparer le repas car la nuit arrive, et on économise les batteries.

 

 

 

 

Dimanche 28 décembre -149 milles : 6,2 noeuds -

Nous prenons nos derniers comprimés de Savarine : le traitement préventif antipaludisme. Enfin !!!
Seconde journée d'amarinement toujours très tranquille entre siestes et lectures : Joshua Slocum pour Antoine et Cruising guide to Trinidad et Tobago pour Hélène...
La nuit tombe vite.

 

Pourtant on a calculé que l'on gagnait 10 minutes de "temps supplémentaire" par jour.

Voici les calculs pour les personnes intéressées :
Nous filons plein ouest à 6 noeuds environ, soit 150 milles par 24 heures. 150 milles, c'est 150 minutes de degrés de longitude, ou 2 degrés et 30 minutes. Il y a 360 degrés tout autour de la Terre, pour 24 heures, ce qui fait qu'à chaque 15 degrés, on prend une heure et pour 2,5 degrés, on prend 10 minutes.

On a donc 5 minutes de jour et 5 minutes de nuit en plus tous les jours. Ça fait plaisir !

La lune est de plus en plus pleine et les nuits de moins en moins sombres... pour le moment elle se lève avant la tombée de la nuit mais elle prend du retard de jour en jour !!!

 

 

Hélène prend le premier quart à l'extérieur. Le rituel s'installe : une orange délicatement pelée et dégustée morceau par morceau. Lecture à la lueur de la lampe solaire chargée la journée, qui s'éteint au bout de deux heures. Petits sommes entrecoupés de vérification du cap et de la force du vent. Ça va, peut-être un peu plus fort que dans la journée, mais Madéo tient la route.

Hélène rentre et se met sur le PC, en sortant toutes les 20 minutes. Tout d'un coup, le bateau gîte, gîte, et ne se remet pas droit. Vite, un coup d'oeil dehors : une vague déferle sous le bateau en grondant, et Madéo ne se redresse toujours pas. Vite, réveiller Antoine : "Antoine, ça gîte pas mal, là". Mais Antoine est déjà debout, il est presque tombé du lit dans le mouvement !

C'est une drosse du régulateur d'allure qui a lâché, le bateau lofe et le génois s'est mis à contre. Poussé par les vagues, le bateau n'a aucune chance de reprendre son cap. On n'est pas trop étonné, les drosses commençaient à bien s'user, il était justement question de les changer le jour même mais l'opération a été remise à plus tard !!! Vite, on s'attache, Hélène prend la barre, pendant qu'Antoine coupe un morceau du bout de l'enrouleur (il y a du rabe) pour remplacer la drosse. En dix minutes, l'incident est clos. Le vent a un peu forci avec la nuit, on enroule du génois. Le bateau se remet en route, presque aussi vite que génois complétement déroulé.

Hélène va se coucher, Antoine reste dehors.

Quelques dizaines de minutes plus tard, branle bas de combat, il faut prendre un ris. C'est une manoeuvre délicate de nuit quand le bateau roule et file à 7 noeuds. On met le moteur pour aider à lofer et maintenir le bateau face aux vagues, Hélène est à la barre en prenant garde de ne pas virer, Antoine s'active au pied de mat. Finalement, on prend deux ris.

On a perdu un peu de vitesse, mais le bateau est beaucoup plus stable. Puis le vent continue de monter et nous voilà de nouveau à 7 noeuds.

Hélène retourne sous la couette.

 

 

 

 

 

 
Lundi 29 décembre - 153 milles : 6,4 noeuds -
   

Au petit matin, Antoine réveille Hélène avec six beaux poissons volants qui ont atterri sur le bateau pendant la nuit. Servis en friture pour le petit déjeuner, c'est un délice.

 

 

Dans l'après-midi, on se met à la navigation astronomique. Antoine donne l'angle au sextant, Hélène se plonge dans les tables et les calculs. Après trois bonnes heures à la table à carte, Hélène abandonne : on est à plus de 10° de notre position réelle. On fera un essai un autre jour.

Un bon gâteau au chocolat console tout le monde.

Dîner soupe au cresson et au quechu (fromage du Cap Vert). Hélène prend le premier quart, ça bouge pas mal. On dirait que le vent forcit à chaque début de nuit. Un vent de 25 noeuds souffle dans les voiles de Madéo avec des pointes à 30. Une belle vague asperge entièrement Hélène qui se plaint à Antoine.

Antoine n'arrive pas à se reposer à l'intérieur, le vent ne laisse pas son esprit tranquille. Impossible de dormir quand autant de nouveaux bruits apparaissent et doivent être identifiés et analysés. Il prend la place d'Hélène qui s'endort en un clin d'oeil.

 

 

 

 

 

 
Mardi 30 décembre - 163 milles : 6,8 noeuds -

4 h du matin, Antoine est toujours de quart dehors. Il descend dans la cabine : "EMPANNAGE ! ".

Hélène se réveille en sursaut, bougonne en bâillant : "Non, pas maintenant ! Je suis en train de rêver à une énorme glace au chocolat. On ne peut vraiment pas manoeuvrer à un autre moment ?"

"On est à plus de 35° au-dessus de la route. Si on empanne, ça sera nickel, on fera pile poil du 265°".

Hélène quitte le lit douillet, enfile tee-shirt, salopette, blouson de quart et harnais.
Dehors, on se croirait sur un manège, le bateau roule beaucoup avec les vagues, le vent souffle à 20-25 noeuds. Hélène reste dans le cockpit pour choquer ou border les écoutes, Antoine sautille à l'avant. On commence par changer la trinquette de coté. Puis on enroule le génois, toujours tangonné. Antoine passe le tangon de l'autre côté, le rattache au point d'amure, et on relance le génois.
Enfin, on passe la grand voile en douceur, on tend la bastaque au vent et on donne du mou à celle sous le vent.
Un dernier réglage précis de chaque voile et du régulateur d'allure et c'est bon, la manoeuvre est terminée.

Entre temps, une petite vague traîtresse a atterri directement dans la figure d'Hélène, maintenant bien réveillée. Elle propose de prendre maintenant son quart mais Antoine préfère rester dehors. On reste un moment tous les deux dans le cockpit, on est bien, le bateau marche tout seul. On grignote un morceau de gâteau au chocolat et un berlingot de lait concentré pour Antoine. Hélène voit deux étoiles filantes. On apprécie ce moment. Madéo se débrouille bien, même très bien, il nous impressionnera toujours au portant : aucun départ au lofe même par 25 noeuds de vent dans les vagues qui commencent à grossir et déferler !!!

A 7h, Antoine finit par aller se coucher. Hélène va faire un tour dehors de temps en temps : quand il y a un bruit bizarre qui la réveille ou quand Antoine lui donne un petit coup de coude. Le jour se lève à 9 h (UTC), un petit chapitre de Fred Vargas, puis cueillette de poissons volants. Petite pêche aujourd'hui : un seul poisson tout desséché. Il va servir d'appât, il parait que ça fonctionne du tonnerre. Hélène ramasse aussi un morceau de poulie sous le mat : c'est un réa de prise de ris qui s'est échappé de son axe. Il faut revoir la fixation de celui-ci !!!

On prend notre petit déj dehors, Antoine installe deux lignes de pêches, les douches au soleil et bricole un peu. Hélène coud un nouveau drapeau jaune et répare le drapeau breton. Le drapeau jaune doit être hissé à l'arrivée dans un pays pour signaler aux autorités que l'on n'a pas encore fait ses formalités.

Au moment du repas, une dorade mord à une ligne, vite, Hélène commence à la remonter, mais on file à plus de 7 noeuds avec des pointes à 8 noeuds : le nylon scie les doigts. Antoine prend le relais, Hélène choque le génois pour ralentir. Trop tard, la dorade s'est décrochée. Dommage...
Repas salade frugal puis opération nettoyage. A commencer par le frigo, que l'on a arrêté depuis quelques jours faute de batterie compétente et qu'il est grand temps de vider et de désinfecter.

C'est notre tour : à la douche ! Le bateau roule toujours autant, 20° sur tribord, 20° sur bâbord, irrégulièrement. On s'aperçoit que la douche solaire est passée par-dessus bord dans la matinée. On se croirait sur un manège ! Lavage à l'eau de mer, rinçage à l'eau douce, on se cogne, on tient debout les jambes fléchies par tenir en équilibre... peine perdue, on s'écrase et on se recogne.

Bouquin pour Antoine, site pour Hélène. On ne tient pas assis à la table à carte. Chaque chose non calée part en vol plané : bouteilles d'eau, chaussures,... une boite de beurre mou s'éclate sur le plancher de la cuisine, rebondit dans le bon sens et le couvercle saute, on évite la catastrophe, seuls quelques éclats ont atterris au sol.

 

On en profite pour tasser le beurre dans un Tupperware, que l'on complète avec de l'eau de mer. Il paraît qu'il se conserve bien ainsi, à fond de cale. .

Antoine est en forme. Il passe presque toute la nuit dehors, pressentant que le vent va fraîchir et tourner. Erreur ! Il ne dépassera pas les 23 noeuds, toujours dans la même direction.

Une des estoques (attaches de poulies) de drosse du régulateur d'allure cède. C'est toujours en pleine nuit qu'il se passe quelque chose. Réparation de fortune. Hélène en profite pour graisser une poulie qui dérange Antoine depuis des jours et des jours.

 

 

 

 

Mercredi 31 décembre - 153 milles : 6,4 noeuds -

A 4h40, Antoine va enfin se coucher dans la cabine. Hélène continue, se lève toutes les 20 minutes pour jeter un oeil dehors. Ça bouge fort ! Les vagues cognent sur la coque.

Les lignes de traîne sont installées avant le lever du soleil. Petit déjeuner salé au petit jour, vers 9 h UTC : poisson volant et Edam sur des toasts. Il fait encore bien frais, on porte salopette et blouson.

Ce soir c'est le réveillon ! Antoine propose un bain de minuit au milieu de l'Atlantique...

Hélène finit de coudre un nouveau drapeau français car l'ancien part en lambeau, puis termine son polar. Antoine boucle Joshua Slocum, répare le bout du régul et se lance dans Mémoires du Large, de Tabarly.

Spaghettis bolognaise au corned-beef préparé par Antoine, fameux. Y'a pas à dire, le corned-beef revenu un bon moment avec des petits oignons, c'est pas mal du tout.

 

 

Dès 23 h TU, on est tous les deux dans le cockpit, on pense à nos familles et amis et on essaie d'imaginer leur réveillon...

On se prépare un plat original : des rostis sous vide, un cadeau de Compay. C'est une spécialité suisse de pomme de terre au lard.

On déguste notre repas sous les étoiles, dans le bercement de la houle, avec des boites de Coca et de Sprite. En guise de truffes au chocolat : des Twix.

Réveillon simplifié avec les moyens du bord, on profite de la tiédeur de la nuit.

 

 

 

 

 
Jeudi 1er janvier : - 144 milles : 6 noeuds -

Un premier janvier sans la gueule de bois ! On se lève avec le soleil, petit déjeuner de fête : 3 oeufs sur le plat à se partager avec une boite de beans (cassoulet) et des toasts. Un délice.

Aujourd'hui, journée bouquin. Antoine passe de Tabarly à Moitessier : Vagabond des mers du sud. Hélène récupère Tabarly et l'engloutit dans la journée.

Un poisson mord à une ligne, Hélène ramène la traîne, mais le poisson tire fort, trop fort, Hélène doit lâcher. Antoine arrive à la rescousse, tente de remonter la ligne mais le poisson se décroche. La poisse. A part les poissons volants, on n'a rien pêché depuis le Cap Vert ! Antoine commence à mijoter un plan d'attaque pour le lendemain.

Côté fruits, quelques oranges pourrissent, les bananes restent vertes.

  Les soirées commencent à se réchauffer, plus besoin du blouson, la salopette suffit. On passe chacun la moitié de la nuit dehors en faisant de petits sommes, Hélène va se coucher à 1 h, puis Antoine vers 6 h, Hélène se lève alors régulièrement pour surveiller l'horizon, le bateau, le vent et le cap.

 

 

 

 

Vendredi 2 janvier - 141 milles : 5,9 noeuds -

Antoine se lève à l'aube et met en place l'opération poisson : 4 lignes de traîne, dont une mitraillette avec trois appâts. C'est parait-il au lever du soleil que l'on a le plus de chance.
Les lignes sont écartées et mouillées à des longueurs différentes pour ne pas s'emmêler. On voit les appâts de lignes les plus courtes ; les longues lignes font un détour par le portique avec un noeud coulant : si un poisson mord, la ligne tire, le noeud se défait et se décroche du portique : c'est le signal d'avertissement.
Évidemment, chaque ligne est solidement attachée à un taquet.

Quand Hélène se lève et ramène le petit déj (goffio : porridge canarien offert par Jo Take), le cockpit est envahit de matériel de pêche et de fils ; on dirait un noeud géant, avec Antoine au milieu.

Au bout de 10 minutes, l'extérieur devient habitable et on déjeune tranquillement, les yeux rivés sur les lignes.

 

Une ligne : 20 m de ficelle, 20 m de nylon (diamètre 110), puis 30 cm de fil de fer et un appât (pieuvre en plastique + gaine de bout effilochée + gros hameçon).

  L'appât : un poulpe en plastique, un morceau de bout jaune pour ébouriffer et un gros hameçon caché en dessous.

 

La matinée s'écoule tranquillement, le soleil chauffe de plus en plus. Hélène coud le drapeau de Trinidad et Tobago, Antoine se prépare une tartine quechu, le fromage de chèvre du Cap Vert lorsque qu'un noeud coulant glisse. "Antoine, on a un poisson !"

Vite, Antoine remonte la ligne, mais le fil est trop tendu et cisaille la main. Il relâche pour enfiler ses gants et retire la ligne, pendant que Hélène détangonne et enroule le génois pour ralentir le bateau. Ça y est, la dorade est sous le bateau. Hélène essaie de la mettre dans l'épuisette mais la bête est trop grosse, elle se débat un grand coup, gagne 2 mètres de fil et réussit presque à emporter Hélène à l'eau. Antoine la ramène finalement à bout de bras dans le bateau.
C'est un beau morceau : 90 cm

Photo bien sûr, puis Antoine tire les filets de la bête. Il est devenu un vrai pro, en quelques coups de couteau, il ne reste que la tête et l'arête centrale.

Le menu du jour est tout indiqué.

Poisson cru en entrée.
Dorade en escalope sauce champignons et crème, haricots verts en plat principal.

 

 

Le reste du poisson est salé et séché.

 

Lecture pour Antoine, site pour Hélène ; douche en fin d'après-midi.

Côté manoeuvre, on est vraiment tranquille : le dernier empannage date de 24 heures, depuis, rien du tout !

 

 

 

 

Hélène s'enfile un paquet de gâteaux sucré et quelques friandises... Un sournois mal de ventre fait son apparition. Aucun doute, avec la houle, la digestion est fragilisée. Un petit somme sur le cockpit et tout s'arrange, sauf que... quand il est temps d'ouvrir l'oeil, il fait nuit depuis bien longtemps !

Antoine s'est installé avec son Moitessier, on discute et on commence la nuit dehors. Finalement, on passera tous les deux la nuit à la belle étoile, en se réveillant tour à tour pour des durées variables.

 

 

 

 

 
Samedi 3 - 136 milles : 5,7 noeuds -

Aujourd'hui, c'est fête : on a parcouru la moitié de la distance : on est au milieu de l'Atlantique.
2 oeufs sont sacrifiés pour des crêpes (on est toujours en restriction sévère). Un vrai régal !

On remet les lignes à l'eau, avec un peu moins d'enthousiasme et d'attention que la veille. On ne prendra rien de la journée.

Antoine change la trinquette de côté, c'est la manoeuvre du jour. La latte la plus haute de la grand voile se prend dans un hauban, on hésite à grimper pour la remettre dans le bon sens. Finalement, en bordant un peu la voile, elle se remet en place toute seule.

A midi pizza bateau, accompagné d'un Chinon "Domaine de la Noblaie": vraiment bon, surtout le vin, qui s'est bonifié sur l'eau (www.lanoblaie.fr).

Nous vous conseillons franchement ce vin : un très bon Chinon à prix raisonnable fait dans les règles de l'art à Ligré. Il accompagne à merveille les viandes, gibiers et fromages. Très souvent primé !!!

Domaine de la Noblaie
"Le Vau Breton"
37500 Ligré France
Tel : 02 47 93 10 96

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche 4 - 150 milles : 6,3 noeuds -

Dernier petit déj avec du pain (du Cap Vert).

Empannage d'Hélène :

Tout d'abord, on règle le régulateur d'allure sur l'autre amure : Madéo essaie d'abattre peu à peu mais il est encore impossible d'empanner car les voiles ne sont pas encore réglées.

On détend la bastaque sous le vent et on étarque au winch la bastaque au vent. Les bastaques sont des haubans situés vers l'arrière du bateau qui retiennent le mat et que l'on peut régler en tension : lorsqu'on est vent arrière et que la voile est complétement gonflée sur un côté, il faut relâcher la bastaque sous le vent pour qu'elle ne soit pas tendue sous la voile.
On peut alors choquer complétement la grand voile ; ensuite, on rentre le génois : Hélène choque l'écoute au fur et à mesure qu'Antoine enroule.

 

 


Puis on change la grand voile de côté : il faut tirer vers le bas sur la bôme, ce qui desserre le frein de bôme et permet de border petit à petit la voile, tout en retenant la bôme. Dès que le vent pousse derrière la voile, il faut retenir fermement la bôme, qui a tendance à passer violemment de l'autre côté.

La suite de manoeuvre se passe à l'avant. Antoine retient la bome de la trinquette qui a tendance à balayer l'avant sur toute la largeur. Hélène détangonne le génois au niveau du point d'écoute puis retire le tangon de la cloche du mat. (On n'a pas de hale-haut) Antoine a installé un hale-bas fait maison entre le point d'écoute et un taquet sur le pont. On passe le tangon de l'autre côté du bas étai, Hélène le raccroche au génois et au mat, puis prépare le hale-bas et vérifie que l'écoute de génois est claire. Le génois est prêt à être déroulé.

 

Auparavant, il reste encore à passer la trinquette, on règle le chariot au bout du rail, et on attache la bôme à la base d'un chandelier sous la trinquette pour la maintenir sur l'avant car elle est souvent déventée.

Les opérations à l'avant sont terminées, il reste à dérouler doucement le génois et régler précisément le régulateur d'allure et chaque voile une à une.

 

 

Hélène change une des poulies sur le chemin de l'écoute de génois. Les pièces s'abîment vite car elles sont sollicitées longtemps aux mêmes endroits.


Trouvez l'erreur !

 

Au menu du jour : chili corn carned ; on bouquine tout l'après midi : Le cimetière des bateaux sans nom pour Hélène et Vagabond des Mers du Sud pour Antoine.

Puis on s'offre une petite séance TV : Némo, un Walt Disney sur le monde sous-marin.

Le soir on dîne : reste de chili et riz.
La nuit est semblable aux autres : à tour de rôle, petits sommes à l'extérieur.

 

 

 

 

Lundi 5 - 147 milles : 6,1 noeuds -
Biscottes, fromage, goffio, chocolatine, riz pour le petit déj.
Le fromage est toujours le chèvre de Santo Antao. On en a conservé deux en morceaux dans de l'huile, un dans du sel et un à l'air libre. La salé à perdu beaucoup d'eau et il est maintenant dur comme du béton. Il a un petit goût de parmesan.
Le goffio est un porridge des Canaries. C'est exactement comme le fond d'une boîte de corn flakes ; avec un sucre et de l'eau bien chaude, c'est assez bon.
La chocolatine, c'est la bouillie pour bébé au chocolat d'Antoine.
 

 

Matinée couture, livres et préparation de la pizza "jambon en boite, ananas". Antoine veut mettre le génois léger.

On bouquine une grande partie de l'après-midi avant de se décider pour une bonne douche extérieure. Antoine a mis dès le matin de l'eau à chauffer au soleil, le résultat n'est pas totalement concluant, mais on est content d'être propre. Hélène se découvre un beau coup de soleil sous le cou.

Le vent a un peu fraîchi, il y a plus de vagues. On a bien fait de ne pas changer de génois !!! Vive les flemmards !!!

 

 

On s'offre un film de pour se mettre dans le bain : Pirate des Caraïbes, avec Jonnhy Deep. Très bien.

Antoine ne peut pas s'empêcher de continuer : ce sera Tomb Raider. (Beark).

Un bon plat de pâtes à la sauce tomate et au fromage pour dîner avant d'entamer la nuit. Hélène commence son quart en étudiant les étoiles. De nouvelles constellations sont apparues, on voit toujours la Grande Ourse. On cherche impatiemment la Croix du Sud, mais elle doit encore être sous l'horizon.

Hélène termine le Cimetière des bateaux sans nom pendant la nuit, Antoine prend le quart vers 3h. On essuie une petite averse. Dommage, car on avait oublié de rentrer le poisson séché.

 

 

 

 

 

Mardi 6 - 170 milles : 7,1 noeuds -

On déjeune du pain perdu. Il n'y a plus de Nutella, Antoine n'est pas très content et se console devant un film.
La météo annonce un vent de nord à nord est, force 4 à 5 du nord au sud de la zone avec des pointes à 6 au sud.

 

La houle se lève peu à peu. Les crêtes blanchissent et on gîte pas mal à chaque vague. Ça bouge de plus en plus sur le bateau, du coup on se réfugie à l'intérieur.

 

Et tout à coup, on entend un grand CRACK, et des voiles qui battent dans le vent. Le bateau gîte, gîte de plus en plus et n'arrive pas à se redresser.

Hélène bondit dehors : "C'est la trinquette !". Antoine se précipite à l'avant du bateau qui s'est remis droit mais qui gesticule toujours autant.

C'est une pièce de la bôme qui a cassé. La voile n'est pas abîmée, mains on ne peut plus la gréer. Du coup, on la range dans la soute à voile, on attache la petite bôme sur le côté et on récupère quelques pièces éparpillées sur le pont.

 

 

 

Le vent souffle à 20 noeuds, avec de rafales à 25. En plus de la houle, des vagues arrivent dans un peu toutes les directions. La mer est bien perturbée, le bateau avance dans un grand bouillonnement.

Il est grand temps de prendre un ris.

 

Aidé par le moteur, Hélène commence à lofer, c'est à dire à se rapprocher de la direction du vent. On enroule un peu le génois et on borde la grand-voile.

Les vagues sont hautes, les plus grosses arrivent en pleine face. On sent le bateau monter sur la vague pendant une dizaine de mètres, puis se balancer de l'autre côté dans un grand SPLATCH. Hélène n'est pas très rassurée, elle a beaucoup de mal à se tenir debout à côté de la barre. De temps en temps, une vague arrive sur un côté et pousse le safran : la barre est intenable, et mieux vaut ne pas être sur son chemin !

 

 

Pendant ce temps, Antoine affale un peu la grand voile, retire quelques coulisseaux et accroche l'anneau de ris.

Le vent apparent est plus fort car on ne va plus dans la même direction que le vent réel. Bref, ça bouge à bord et l'anémomètre indique 30 noeuds.
Mais dans l'ensemble, ça va quand même bien. Au début, on prend même quelques belles vagues de travers, le bateau ne penche pas de trop. Enfin, on n'a pas non plus des déferlantes.

 

Antoine étarque les bosses de ris : ce sont des bouts qui descendent la voile de l'autre côté, vers l'extrémité de la bôme. Il renforce le tout avec un bout.

Puis il attache les bosses de ris tout au long de la bôme, qui tiennent le bas de la voile bien enroulée.

 

Dans la foulée, on décide même de prendre un deuxième ris. On recommence donc les mêmes opérations.

Il reste à re hisser un peu la grand voile et à reprendre la bonne direction. On coupe le moteur, déroule un peu le génois et on règle correctement les voiles et le régulateur d'allure.

 

 

Et voilà ! Madéo sous deux ris et génois enroulé.

 

 

Moins de toile dans les hauts !

 

 

 

Le bateau avance presque aussi vite, on roule moins et c'est beaucoup plus confortable.

 

 

 

La journée se termine tranquillement. On déguste des pommes de terre avec du pâté de campagne.

Nous passons la nuit dehors à tour de rôle. Hélène relit des passages du Cimetière des bateaux sans nom. Une belle histoire.

 

 

 

 

   
Mercredi 7 - 151 milles : 6,3 noeuds -
 

Pan cakes pour le petit déjeuner. Il fait meilleur dehors.

 

Antoine s'attaque à la quadruple vaisselle. Ça déborde des deux éviers, on ne peut plus remplir de bouteilles d'eau par les robinets, ni se brosser les dents. Bref, il est grand temps de s'y mettre.
C'est surtout le roulis qui nous décourage de laver au fur et à mesure. D'une part il faut sans cesse compenser avec le haut du corps pour rester debout en s'accrochant parfois avec la main gauche à la dérive et d'autre part, le pied droit doit pomper l'eau de mer puis l'eau douce ce qui fragilise sérieusement l'équilibre du teneur d'éponge.

Antoine enchaîne avec la préparation du repas. Salade de pomme de terre avec du thon et du crabe.

Puis on travaille à tour de rôle sur le site, les récits avancent.

 

 

 

 

Jeudi 8 - 129 milles : 5,4 noeuds -

Nuit tranquille malgré la houle et les grains : on a toujours nos deux ris et on est bien content ! Antoine ramasse neuf poissons volants, dont sept plus petits que le petit doigt.

Petit déjeuner costaud pour Antoine : Cassoulet, poissons volants et fromage ; il y a toujours la houle mais le vent baisse. Le bateau ralentit, mais on n'est pas pressé car nos estimations nous font arriver au milieu de la nuit à Tobago.

Le bateau se dandine donc tranquillement. On se repose. On se décide quand même à enlever un ris, car si on continue à ce rythme, on arrivera la nuit suivante ! Toujours ballottés dans tous les sens, on se prépare une belle pizza.

On lâche le dernier ris quelques heures après.


Juste avant le coucher du soleil, le régulateur d'allure se manifeste. Il faut dire qu'il barre 24 heures sur 24. A chaque fois que l'on doit y toucher, c'est donc une usure "normale" : drosses rongées, poulies en fin de vie, bouts de maintient abîmés jusqu'à la gaine.

Cette fois, c'est la liaison régulateur - barre franche qui a cédé. Hélène prend la barre, Antoine revisse la pièce en bois où l'on coince la chaîne, avec deux grosses vis. Nous vaquons à nos occupations.

 

 

 

 

Vendredi 9 - 146 milles : 6,1 noeuds -
 
Hélène au lever du soleil  

Vers 4 heures du matin, la pièce du régulateur d'allure qui avait cassé hier recasse. Elle manque même de tomber à l'eau. Antoine réveille brutalement Hélène, qui se retrouve à barrer les yeux encore pleins de sommeil pendant qu'il se lance dans une solide réparation de fortune : un bout remplace la pièce en bois et les deux vis. On verra plus tard pour mieux faire.

On attaque la journée par un solide petit déjeuner : spaghettis bolognaise surmontées d'un oeuf sur le plat. Ca nous permet de retarder le repas du midi qui se transforme presque en repas du soir.

 

On bouquine, on bricole, on travaille sur le site. Il reste une centaine de milles avant Tobago, on pense atterrir dans la nuit ou au petit matin demain. On n'est donc pas très pressés.

Un gros jus d'orange termine les dernières oranges, les bananes sont en fin de vie. Elles passent directement du vert au noir, mais c'est quand même bon. Il nous reste 13 oeufs : Ca fait bien rire Antoine car Hélène a imposé une stricte restriction depuis le départ, et maintenant il en reste presque trop.
Hélène tente de se justifier encore : On pourra faire les prochaines courses seulement lundi à Scarborough, et encore, après avoir effectué les formalités apparemment pointilleuses et retiré des dollars TT (Dollar Trinidad Tobago).

 

Antoine a déjà oublié le menu du petit déj et prépare... des pâtes à la carbonara déshydratées !!! C'est au tour d'Hélène de rire !

 

Quelques grains encore dans la journée, on a pris un ris pour ne pas aller trop vite, ce qui nous ferait arriver de nuit.

Entre les grains, il fait bon dehors. La houle s'est un peu calmée, on profite des derniers moments de mer.

Lecture, site web, gâteau au chocolat.

 

 

 

 

 

Notre dernière nuit approche, Hélène a un gros mal de tête. Ça tombe mal, on n'a pas le droit de dormir cette nuit, sous peine d'aller taper directement la côte.

Du coup, c'est Antoine qui est de veille. Il ne chôme pas : même avec un ris, on va encore trop vite. Il faut enrouler un peu de génois. Mais on va toujours à plus de 6 noeuds ! Il enroule totalement le génois : on va encore trop vite... Le vent monte et nous surfons à 7,5 noeuds sur les vagues. On se retrouve à tirer des bords au petit largue sous grand voile seule pendant 3 heures devant Tobago.

Hélène dort dans la cabine et se lève deux trois fois prendre de l'aspirine. Dehors, il y a trop de vent.

 

 

 

 

 
Samedi 10 - 85 milles en zigzag -

Enfin le jour va se lever. Le soleil est bien caché derrière de gros nuages, mais tout d'un coup, c'est bon, tout s'arrange, les nuages rougissent puis s'éclaircissent à l'est, le ciel prendre une belle teinte bleue claire.

Et devant nous, plein ouest, TOBAGO !

Hélène s'est levée, en meilleure forme que la veille. L'île paraît bien noire et rocheuse, et une belle averse s'abat sur les flancs des montagnes.

L'approche est un peu délicate, il y a des brisants dans la baie.

 

 

 

 

 

Le vent se calme, la mer s'aplatit, et le décor change brusquement lorsque le soleil éclate. La mer est turquoise claire, l'île est verte. Nous mouillons au fond de la baie, devant une plage de sable blanc bordée de cocotiers. Devant nous, quelques maisons basses en bois couleur pastel, un petit ponton, et une abondante végétation tropicale.
Des pêcheurs nous croisent sur de jolies barques multicolores en agitant le bras et en souriant. Nous sommes le seul voilier au mouillage.
Hélène en croit à peine ses yeux. C'est exactement l'image que l'on peut se faire des Caraïbes...

 

L'eau est chaude, nous partons explorer les fonds sous marins : c'est un peu trouble, mais on voit pleins de poissons "aquariums" dans le corail rouge.

 

On essaie à tout hasard d'appeler Zed à la VHF : "Zed, Zed, Zed pour Madéo". Rien... "Zed, Zed, Zed pour Madéo". Après quelques instants, Sophie nous répond : "Madéo pour Zed ! Alors, vous êtes arrivés !!! Vous avez mis combien de temps ?"... Antoine : "14 jours et une nuit"... Sophie : "Non, c'est pas vrai !!!"

Zed a mis 14 jours pour traverser, Kadavu, qui nous contacte aussitôt pour nous souhaiter la bienvenue, a mis 15 jours. Ce sont deux catas bien plus grands que Madéo : 45 pieds (13,5 mètres) ; les Outremer sont en plus parmi les plus rapides des catamarans de croisière car leurs coques sont assez étroites !!!
Madéo a mis 14 jours et demi pour traverser. Ils n'ont pas tout à fait eu les mêmes conditions météo, avec trois jours sans vent et donc au moteur. Nous sommes quand même partis un jour et demi après Zed cela fait peu de différence ! Dans la semaine nous découvrirons que nous avons fait la plus rapide traversée des monocoques... Pour le moment toutes les navigations des bateaux rencontrés (le 15 janvier) ont mis 16 à 20 jours sauf pour les catamarans !!!
Antoine est fou de joie.

 

 

  Nos copains sont avec une vingtaine d'autres voiliers à Man of War Bay, au nord ouest de l'île. Ils nous apprennent que l'on peut faire les formalités tout près, à Charlotteville.
Plus besoin d'aller à Scarborough.
Nous décidons de rester encore un peu seuls ici avant de rejoindre Man of War Bay, et la petite crique de Pirate's Bay.
 

 

 

 

 

Antoine est content, allongé sur le lit, un morceau de chocolat dans une main et un pétard dans l'autre : "Et maintenant, on va passer quatre mois dans les Antilles..."

 

 

 

 

 

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