On lève l'ancre à
notre tour avant le coucher du soleil. La manoeuvre est un peu périlleuse
car il y a deux bateaux mouillés très près
(dont un des Glénans). On sort les pare-battage pour plus
de sécurité. Tout se déroule bien. Madéo
va faire un dernier tour du côté des beaux bateaux
au fond de la baie, l'immense voilier bleu et un très gros
cata blanc, Douce France. Les propriétaires bien que multimillionnaires,
répondent à nos bonjours et nos sourires...
On hisse les voiles dans la baie : la trinquette et deux ris dans
la grand voile, ainsi on passera une nuit plus tranquille. On coupe
le moteur et c'est parti pour une quarantaine d'heures de navigation.
Sortis de la baie, Hélène descend mettre en route
le PC, raccorder le GPS. Ca secoue un peu, elle sangle l'ordinateur
portable. Tout est rangé et calé, les capots sont
verrouillés, un repas est prêt d'avance.
Dehors, Antoine a déroulé le génois et aussitôt
une rafale s'y engouffre et offre un gros coup gîte à
Hélène qui sort la tête pour demander si tout
va bien. La nuit tombe, on croise deux bateaux qui rentrent s'abriter
à Bequia.
Les îles s'illuminent, Bequia à côté et
Saint Vincent devant.
Le vent souffle, bien que l'on soit encore protégé
de l'île. Soudain, on ne distingue plus rien. Non d'une pipe,
c'est un grain ! Un gros ! Vite, les cirés !
Antoine enroule le génois, on sort les tenues de combat,
avec harnais et longes. Mais il passe à côté,
on aura juste les accélérations de vent et une petite
frayeur pour commencer cette navigation.
On passe le canal entre Bequia et Saint-Vincent. Puis Hélène
prend le premier quart jusqu'à 23 h. Ca va : 20 à
25 noeuds de vent, la mer est plate, on est vite protégé
par Saint Vincent. Antoine prend la relève, et là,
c'est plus du tout les mêmes conditions : les grains s'enchaînent,
le vent est fort avec des rafales à 45 noeuds, le bateau
cogne. A l'intérieur, impossible de dormir, le bateau tape
sur les vagues comme un marteau. La seule manière de se rassurer,
c'est d'aller voir dehors si tout va bien. Le génois est
totalement enroulé, le bateau est bien réglé,
pas surtoilé. Dans les grains, la barre est libérée
du régulateur d'allure afin qu'il puisse lofer à sa
guise pendant les rafales. Le bateau avance tout seul, la trinquette
et un reste de grand de voile suffisent pour le maintenir équilibré,
tandis que le moteur donne la propulsion nécessaire pour
se maintenir au plus près de l'axe du vent et faire cap sur
la Guadeloupe. Sans lui nous irions au Mexique !!!
Antoine va enfin se coucher vers 7 h du matin, épuisé.
Il n'a pas voulu qu'Hélène prenne la barre cette nuit,
c'était trop dur, grain sur grain et rafale sur rafale...
La journée est difficile, le vent ne faiblit pas, et notre
cap empire d'heure en heure ; On passe Sainte Lucie. Au large de
la Martinique, on capte la météo du CROSS Antilles
Guyane, le CROSSAG : Avis de grand frais, ce qui veut dire "Vent
28-33 noeuds ou 50-61 km/h, la mer grossit, les lames déferlent".
C'est à peu près ce que l'on a, avec des creux de
trois mètres. On se réconforte avec une boite de petit
salé.
Le soleil se couche, on est bientôt sous la Dominique. Antoine
commence la veille, de 20 h à minuit. Là, le temps
est un peu meilleur, on a plus ces grains violent, mais le vent
et la houle sont toujours aussi fort. Le moteur tourne toujours
à plein régime, 25 000 tours/minutes. Hélène
vient prendre le relais, on décide de tirer un bord vers
la Dominique, car malgré le soutien du moteur, on s'éloigne
de plus en plus vers l'ouest. On pense être protégé
sous l'île et passer quelques heures tranquilles. Antoine
part se reposer à l'intérieur. On est sous le vent
de la Dominique, c'est plus calme, mais, décidément,
Madéo, n'est pas un bateau de près car même
au moteur on a du mal à naviguer à moins de 45°
du vent réel. Hélène vérifie tout :
voiles, dérive, régulateur. On ne peut rien faire
de mieux.
Antoine la rejoint à 2h pour dormir dehors, il n'arrive pas
à fermer l'oeil à l'intérieur avec tous ces
bruits qui le tourmente. Hélène veille, quelques bateaux
passent au loin. Antoine prend le relais vers 3 h, mais ne veut
pas trop rester tout seul, un peu de compagnie et de discussion
lui feront du bien. On vire de bord, c'est reparti vers la Guadeloupe.
Hélène tente une sieste dans le cockpit. Sommeil profond
mais réveil frisquet. Antoine se résout enfin à
dormir à l'intérieur. Hélène fini le
passage sous la Dominique au lever du jour puis prépare un
petit déjeuner cassoulet réparateur. Le capitaine
reprend vite ses esprits et s'attaque au canal entre la Dominique
et les Saintes réputé pour être agité.
On gîte encore plus, c'est pas possible. On se prend une grosse
vague et un gros coup de gîte, le moteur hors-bord, installé
sur sa chaise à 1m50 au-dessus de l'eau, boit la tasse. 2
minutes plus tard, nouveau plongeon du Honda. On l'emballe dans
un sac poubelle et on espère qu'il tourne encore.
Qu'est-ce que c'est long ! On avance à une vitesse d'escargot,
et toujours pas dans la meilleure direction. On parle stratégie
pour tirer le meilleur partit des courants, vents et marées
: faut-il virer dans le canal, passer sous le vent des Saintes ou
passer dans l'archipel ? On finit par s'approcher au plus près
afin de longer les îles à l'abri et passer au vent,
c'est plus long en distance, mais après on sera tranquille,
plus qu'un bord vers Point à Pitre.
On passe enfin les Saintes, puis le canal les séparant de
la Guadeloupe. Enfin ! Il faut encore remonter la moitié
de l'île, toute la Basse Terre. On approche peu à peu,
toujours au près, moteur à fond, trinquette et deux
ris dans la grand voile. La barre se débrouille toute seule
depuis un moment car nous avons remarqué qu'avec cette voilure
et ce vent, Madéo se débrouille très bien pour
remonter jusqu'à la limite du fasseyement et maintenir un
cap correct en gérant les surventes et les calmes. En plus
cela soulage le régulateur qui prend beaucoup de secousses
avec ces vagues ! La preuve : à la main, on tient moins de
5 minutes à la barre. |