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Date du départ : 18 mai
Date d'arrivée : 5 juin


mardi 18 mai : 142 miles - 5,9 noeuds

Ça commence plutôt bien : on est au bon plein, cap au nord, à 6 noeuds. On prends le rythme de la grande navigation : observations de la mer et du ciel, discussions, c'est beaucoup plus agréable que prévu, avec une houle correcte. On privilégie le confort au cap, donc on ne sert pas trop le vent. Les repas sont prêts, on mange bien sans trop cuisiner.

Pour la nuit, on tente un nouveau rythme: chacun une demi nuit.

 

 

 

mercredi 19 mai : 134 miles - 5,6 noeuds

Nous sommes un peu barbouillés ce matin, à cause du manque de sommeil et de la gîte. On alterne siestes et veilles.

On est toujours en contact VHF avec Lou Virus. Mais ils nous prennent 20 milles par jour, à ce rythme nous serons vite hors de portée. C'est pourtant agréable de parler avec un autre voilier, échanger ses impressions, ses réglages, ses informations sur la météo...

Il fait bon dehors. On remonte plein nord. Madéo fend les vagues.

On garde le même rythme pour la nuit : Antoine jusqu'à deux heures du matin puis Hélène jusqu'au moment du petit déjeuner.

"La mer est notre mère", elle nous porte, notre maison et nous. Elle nous mènera jusqu'au Açores si le vent le veut bien.

 

 

 

jeudi 20 mai : 138 miles - 5,8 noeuds

Ça va super bien aujourd'hui, du coup, on fait des crêpes pour fêter l'événement !

Les mouettes goulafres nous ont suivi, elles se régalent des morceaux de pain dur, et ça nous fait une bonne compagnie.

On commence à voir des paquets d'algues sur l'eau, Hélène pense que c'est parce qu'on est dans la mer de Sargasses. Antoine doute, à moins que ce ne soient quelques restes égarés. Toujours est il que nous traversons ces tas en espérant qu'ils ne se coincent pas trop dans la dérive et le safran.

 

En tout cas, on apprécie pleinement la navigation, il fait chaud, on reprend un rythme éveillé : lecture, douches, ménage et cuisine : tarte aux pommes pour le dessert !

"Lou Virus - Lou Virus - pour Madéo"
...
"Lou Virus - Lou Virus - Lou Virus - pour - Madéo - Madéo - Madéo"
...
"LOU VIRUS - LOU VIRUS - LOU VIRUS - pour - MADEO - MADEO - MADEO"
...

A plusieurs reprises nous tenterons de contacter notre voilier de compagnie. Mais plus personne ne répond, notre voix se perd dans l'infini. Plus personne à 100km à la ronde et même plus. Jusqu'où porte la VHF... En mer sans obstacle, nos ondes doivent se propager à 50 ou 100 milles. Lou Virus où es tu ? Bon vent, on se retrouve aux Açores dans une quinzaine de jours, on fera notre possible pour ne pas prendre trop de retard.

 

 

 

 

Et ce soir, le soleil se couche dans un véritable festival de couleur. C'est sans aucun doute le plus beau de notre vie. Le ciel est jaune, rose, bleu tout autour de nous, la mer et rose et violette. Quel spectacle !!! Nous ne le quittons pas des yeux, et en ce concentrant bien on peut voir les couleurs évoluer. Les jaunes deviennent orange, rouge et puis ils tendent vers le violet avant de s'éteindre. La mer, étant assez calme, imite le ciel en copiant ses coloris pour nous offrir un tableau inoubliable.

 

 

 

 

vendredi 21 mai : 118 miles - 4,9 noeuds

Antoine passe presque toute la nuit dehors.

On aperçoit un oiseau marron avec un V blanc sous l'aile, on commence à être loin des côtes, c'est étonnant.

Lectures et douche, dehors il fait bon. C'est incroyable, on ne s'attendait pas à un temps si agréable !!!

 

 

 

Après 3 jours de près vers le nord, nous atteignions l'anticyclone des Bermudes. C'est sa place habituelle et la route normale nous invite à le franchir au moteur et mettre le cap sur les Açores dès que les pressions atmosphériques retombent et que le vent passe à l'ouest. Quand l'anticyclone est trop nord, il faut se résigner à bifurquer avant et lutter contre les alizés au lieu des tempêtes du nord. Pour le moment, notre stratégie est de monter nord tant qu'il y aura assez de vent. Mais dès que nous devrons mettre le moteur pour avancer, ce sera cap sur les Açores car il nous faudrait deux jours pour retrouver du vent au nord et en deux jours l'anticyclone se sera évanouit pour laisser la place à une dépression qui vient d'Haïti. Alors nous resterons assez sud pour ne pas être au coeur et profiter des vents d'ouest qu'elle va nous apporter. Deux jours au moteur vers l'est au lieu du nord devrait nous suffire pour nous écarter de sa route.

 

 

La dépression est encore loin, mais elle nous donnera un bon vent pour rejoindre les Açores avant d'avoir pu profiter des vents au nord de l'anticyclone.

L'anticyclone s'est étendu à l'est en même temps que nous, donc pas de vent mais nous avons gagné du terrain sur le chemin des Açores et surtout la tempête passera assez nord pour ne pas trop nous terrasser.

 

On déroule entièrement le génois lourd à 14 h car le vent commence à faiblir. La pression atmosphérique grimpe, nous approchons de l'anticyclone.

Le vent continue sa chute, il est temps de remplacer le génois lourd par le léger.

 

      

 

1 - Déballer le génois

2 - Accrocher la manille du point d'amure

3 - Préparer le génois pour qu'il soit hissé sans effort.

Puis affaler le génois lourd et endrailler le léger, Hélène hisse à l'aide de la drisse, Antoine aide le génois à s'enfiler sur l'enrouleur.
Enfin, plier le génois lourd.

La manoeuvre est tellement simple dans ce sens. Passer du génois lourd au léger est un jeu d'enfant, au contraire affaler le génois léger pour le lourd demande toujours un effort particulier. Pourquoi ? Vous pouvez toujours chercher la différence entre les deux, comparer les poids... Vous faîtes fausse route ! Il faut penser aux conditions dans lesquelles vous effectuez la manoeuvre. Dans un cas, le vent s'est effacé et ne risque pas de revenir, dans l'autre il prend force et menace l'équipage.

 

 

 

samedi 22 mai : 141 miles - 5,9 noeuds

Antoine a donc encore offert sa nuit à Hélène, une vraie nuit de sommeil, juste entrecoupée de deux petits réveils rapides :
- au premier réveil, Antoine se tâtait à mettre le moteur. On fait à peine du nord, à 4 noeuds. Hélène pense que tant qu'on avance à 4 noeuds dans un cap correct, pas besoin de moteur.
- quelques heures plus tard, un second réveil, le vent est trop limite, on démarre Volvo. C'est mieux d'être deux pour démarrer le moteur car il est enclenché en marche arrière pour ne pas que l'hélice tourne et fasse du bruit.
L'un démarre pendant que l'autre met le point mort. Et oui on ne peut débloquer une hélice embrayer en marche arrière que si le bateau n'avance pas ou que le moteur tourne. Mais démarrer embrayé c'est pas top, alors il faut être synchro !!!
On avance maintenant à 5 - 5,3 noeuds, cap 20. Après plusieurs essais, le génois est enroulé.

Lever à 7 h pour Hélène et préparation de l'énorme petit déjeuner du skipper : haricots rouges, oeufs, biscottes, fromage et salami.

Thé et tarte aux pommes pour l'équipière.

 

Place au soleil, place à la pétole, un peu de calme, de repos... Madéo ne roulera plus, ne craquera plus, tant que Volvo ronronnera il n'y aura plus stress ni de fatigue sur le bateau. Après plusieurs jours de près c'est agréable de revenir à plat. Nous prévoyons deux jours de pétole avant la revenue du vent et de la dépression. Mais nos sources météo ont de l'âge: 4 à 7 jours, nous ne pouvons dire réellement si cette dépression évolue comme prévu.

On capte la météo sur RFI : la douce voix d'Ariel Kassine nous annonce une mer calme. Mais pas de trace de dépression pour le moment dans les zones couvertes par le bulletin. Elle doit être vers Haïti !

On a trop d'énergie avec ce soleil. Antoine bloque l'éolienne puis se repose en bouquinant.

Hélène tente quelques manoeuvre pour accélérer : elle affale trinquette et grand voile : même vitesse et cap 53 : la route directe pour les Açores. Bravo !

 

 

L'oiseau marron de la veille est de retour. C'est incroyable, on est si loin des côtes ! Il arrive par l'arrière du bateau, comme s'il nous suivait, et plonge la tête à deux mètres dans notre sillage, pour voir ce qui se passe sous le bateau. Il observe, se laisse distancer et reprend son manège.

S'est-il perdu ? On lui envoie des miettes de biscottes, il les dédaigne !

 

 

 

Le plus amusant, ce sont ses décollages et certains atterrissages : il court sur l'eau du bout de ses pattes palmées.

Après recherche dans notre bouquin, il s'avère que nous avons affaire à un puffin majeur. Et c'est pas un rigolo celui là : il voyage entre le Canada et le Cap Horn ! Nous qui avions pitié, on s'était complètement planté !

 

 

 

On décide de commencer à pécher : 5 lignes à l'eau, attachées au taquet et remontées sur le portique avec un noeud qui s'enlève à la moindre traction.

 

 

Nous avons encore le privilège d'assister à un splendide coucher de soleil, les jaunes et roses sont éclatants. On n'en croit pas nos yeux. Il n'y a plus que de la mer ici, de la mer à perte de vue, une mer si calme... La nuit de sera pas agitée !!

 

 

 

 

 

 

dimanche 23 mai : 122 miles - 5,1 noeuds
 

Dès l'aube, Antoine se reprépare à une grande journée de pêche : on traîne les 5 lignes, avec des leurres différents.

Hélène a un peu du mal à se réveiller. On prend le petit déjeuner en attendant la météo sur RFI.

Vaste zone anticyclonique sur "Est Bermudes", "Colorado", au nord "d'Est Antilles" et au nord "d'Alizé ouest". Vent variable 2 à 4. On est bien avancé. Et pour être vaste, c'est vaste : 2400 km de long sur 1000 km de large. On a bien fait de bifurquer vers les Açores, l'anticyclone est bien trop large pour s'embêter à le traverser vers le nord avec notre bête du petit temps (c'est pas un champion Madéo) !!!

Côté vent, ce n'est toujours pas la joie. On est dans le coeur de l'anticyclone, le moteur tourne tantôt avec, tantôt sans les voiles.

 

Pendant la météo, une ligne se tend... Branle bas de combat ! La ligne glisse à droite, à gauche. La traction n'est pas trop forte, ce doit être une daurade qui se laisse surfer à la surface quand on la remonte. De temps en temps elle replonge pour flirter avec les autres lignes et nous offrir de jolie noeuds. "C'est une grosse pièce Hélène, vite l'épuisette ou le crochet. C'est une superbe dorade coryphène !" 1m17 et 6 kg, un beau morceau. Elle se laisse remonter assez facilement mais pèse son poids, On tente de le crocher, ou de l'enfourner dans l'épuisette mais nous ne sommes pas très habiles. Pour finir Antoine l'attrape par les ouïes et la jette dans le cockpit. Un e belle daurade coryphène, la plus belle de nos captures toutes espèce confondues.

Antoine tire 3 kg de filets. Maintenant il va falloir manger tout ça !

Petite douche à l'avant du bateau. L'eau de mer commence un peu à se rafraîchir. Qu'est-ce que l'on se sent bien quand on est propre !

 

Repas de fête : poisson cru salé poivré et salade tahitienne avec les meilleurs morceaux, le dessus de la tête et le dos. Avec des cubes de pamplemousses et des haricots rouges, une petite vinaigrette et un supplément lait de coco à volonté. Un vrai régal.

L'après-midi se présente bien, lectures et sites, au soleil ou à l'intérieur... Mais... Mais Antoine commence à se sentir barbouillé,... les symptômes "repas d'huîtres" apparaissent... et voila ; violents vomissements, diarrhées, et encore des vomissements.

Meilleur remède : dormir.

Du coup Hélène prend en charge le bateau. On est au moteur, ça va, c'est pas trop compliqué.

 

 

 

Antoine, très heureux de sa prise... avant de tomber malade !

 

La nuit arrive, Hélène s'offre un bon repas, Antoine est toujours pas bien du tout dans sa couchette, froid et mal de tête.
La nouvelle skipper met en route le radar et s'installe dans l'allée, à l'intérieur, entre la dérive et la table à carte. Réveil toutes les demi-heures pour surveiller le cap. Le radar est mis en mode alarme : si un grain ou un cargo approche à moins de 5 milles, une sonnerie retentit.

 


Tout se passe bien. A 4 h, le vent est revenu. On peut mettre les voiles. Bien emmitouflé, Antoine se lève pour l'occasion et surveille la manoeuvre, Hélène s'attache et prépare le terrain.

D'abord mettre en place le régulateur d'allure, tout en restant sous pilote, et descendre la dérive arrière.
Puis choquer les bastaques, hisser la grand voile et dérouler le génois, le border.

Effectuée seul, la manoeuvre prend quand même une heure. Il faut sans cesse vérifier à la lampe torche que tout est correctement en place.

Ca y est, on est sous voile. On avance à 5 noeuds, au travers.

Après quelques jours de moteur, ça fait du bien de retrouver le calme. On se recouche.

 

 

lundi 24 mai : 124 miles - 5,2 noeuds
 

On avance doucement, Hélène affale les voiles dans la matinée, puis les remet. Tout doucement, Antoine va mieux.

Vérification du moteur. On siphonne l'essence des bidons dans le réservoir.

Hélène voudrait se baigner un peu, il n'y a pas de vent, on avance à peine. On décide de laisser traîner un bout à l'arrière et zou, à l'eau ! Incroyable, elle est chaude. Et le bleu, ouahou !

 

 

Tentative de descente en apnée par 5 000 mètres de fond. Génial.

 

Vérification de l'hélice : tout va bien

 

L'oiseau brun a ramené ses copains : ils sont maintenant six à voltiger autour de Madéo.

 

 

 

A midi, un bon steak de coryphène avec des galettes d'igname. Riz et galettes d'igname pour Antoine, toujours barbouillé et frigorifié.

A 17 h, Hélène commence à se sentir mal ; fausse alerte. Les derniers morceaux de poissons sont mis au freezer, on verra plus tard.

Antoine veille toute la nuit, car l'équipière est épuisée.

 

 

 

mardi 25 mai : 145 miles - 6 noeuds

Le vent revient tout doux. On est sous voile. Antoine a passé la nuit dehors, Hélène avait encore bien besoin de se reposer.

Antoine va mieux ! Enfin, le skipper va pouvoir reprendre sa place et recommencer à sourire. Hélène prend un petit bain, puis il se jette à l'eau ! On avance un peu plus vite qu'hier. C'est extraordinaire de voir Madéo se faufiler dans cette eau si calme. La puissance de traction fait que l'on peut tester un grand nombre de figure.

On profite à fond de cette journée de beau temps, la météo nous annonce qu'une dépression arrive. Nous avions connaissance de cette dep', qui était bien sud à notre départ. RFI nous l'annonce pour demain.

 

 

L'hélice.
 

Qu'est-ce que c'est ? Un bleu pur : 5 000 mètres de fond quelques part au milieu de l'Océan Atlantique.

 

 

 

 

La coque sous l'eau ; on peut voir les bulles d'air glisser le long de l'antifooling.

 

 

Les oiseaux sont toujours là, avec un petit nouveau, ci-contre.

 

 

 

"Bonites, bonites. Bonites à l'avant... Mon fusil !". La chasse à la du bateau avait été une grande réussite pendant la traversée Goméra-Dakar. Posté devant l'étrave, Antoine tente d'harponner les poissons qui font des passages plutôt rapides. A plusieurs reprises ils offrent une belle cible pendant de longues secondes. Mais l'art de tir hors de l'eau demande un peu d'entraînement et les apparitions ne seront pas assez fréquentes pour qu'Antoine fasse mouche.

 

 

 

 

Les voiles sont toutes gonflées. Le vent a tourné, c'est la dépression qui nous l'envoie celui là ! Il nous permet un bon cap mais nous promet de se montrer un peu plus énergique dans les heures à venir.

Petit à petit nous gagnons des dixièmes de noeuds, qui forment des noeuds et qui propulsent Madéo à une vitesse très convenable. On n'est souvent surpris par la vitesse d'un bateau quand une bonne brise se lève sur une mer plate. Rien ne freine notre monstre qui à la feu aux fesses et n'a pas très envie de rester sur le chemin notre ventilateur.

 

Douche chaude solaire.

 

 

 

mercredi 26 mai : 151 miles - 6,3 noeuds
 

Hier, on a loupé la météo sur RFI. On est donc très attentif aujourd'hui, sachant que sur nos prévisions à 5 jours, une dépression s'était formée derrière nous.

Et bien, on n'est pas déçu : un force 4-5 nous attends pour les 24 prochaines heures, avec forcissement pour demain. On devrait pouvoir faire des bonnes moyennes de plus 6 noeuds avec ce temps. On se demande où est Lou Virus. On a plutôt bien négocié l'anticyclone, le moteur ne s'est jamais fait prier pour démarrer et la route a été presque directe.

 

Le vent fraîchit tout au long de la journée. En fin de matinée, on change de génois pour passer du lourd au léger.

 

 

Le ciel est de plus en plus gris, il commence à pleuvoir. On a déjà bien réduit la toile...

<- Pause pipi en toute sécurité pour Antoine pendant une veille de jour. Les gros cirés sont de sortie, ce qui ne facilite pas la manoeuvre !

 

Le baromètre dégringole, c'est une grande première pour tous les deux de voir une telle chute. Plus ça descend vite plus ça va souffler->

 

 

La mer se forme, c'est difficile d'estimer la hauteur de vagues : à peu près deux trois mètres pour le moment. Certaines déferlent.

 

 

 

On prend un ris dans l'après-midi, la manoeuvre est arrosée à chaque fois. Difficile d'éviter une vague qui s'élèvera vers le ciel avant de saler l'équipage.

 

Au grand largue, on avance bien, très bien. Le régulateur tient la route, on passe l'après-midi séparé, l'un dehors, l'autre dedans à se reposer. Ca creuse, sa creuse fort la mer. Ca creuse l'appétit mais surtout ça creuse et forme des vagues qui nous emmènent sur des surfs agréables. Des gerbes sortent parfois de l'étrave quand on reste sur une vague et que l'on franchit les 10 noeuds. Madéo se débrouille vraiment bien, cela nous rassure car on ne sait pas ce qui nous attend demain... La météo est restée muette aujourd'hui.

Dehors, pas de problème, on respire bien, mais dedans, ça commence à secouer un peu, le bateau craque, c'est inconfortable : pas du tout facile de cuisiner !

Coucher de soleil à travers les nuages. La nuit va être agitée et longue mais nous serons de revoir le soleil demain.

 

 

 

jeudi 27 mai : 129 miles - 5,4 noeuds

Aujourd'hui, ça secoue vraiment. Antoine a passé une bonne partie de la nuit dehors, il fait presque froid, heureusement que l'on a de bons cirés ! Il a enroulé du génois au fur et à mesure que le vent montait.

Il fait jour : on décide rapidement de prendre un troisième ris.

On n'arrive pas à capter la météo, le signal radio est brouillé. De toute façon, on a déjà compris que l'on allait passer une sale journée dans du gros temps.

Ce coup de vent est vraiment impressionnant. C'est notre premier au milieu de l'Atlantique.

 

 

On est fatigué, le vent souffle encore plus fort.

Hélène fait un quart dehors pendant qu'Antoine se repose.

"La mer est impressionnante : de grosses vagues de trois à quatre mètres nous doublent dans un bruit qui ressemble a un grondement. On est entre le largue et vent arrière, en faisant des embardées avec les vagues.

Un grain arrive. Rafales a 45 noeud apparent.

Ca commence à siffler dans les haubans.

Quelques vagues viennent de travers et font gîter le bateau. L'eau entre alors sous le vent et remplit le cockpit avec une telle force qu'elle commence à arracher le cagnard. Hélène le rattache solidement. Ces embardées ne nous font par rire. C'est exactement comme cela que l'on couche un bateau. Il suffit d'une vague un plus grosse que les autres, on en voit déferler de temps en temps. "Oh c'est pas pour nous !". Quand elles claquent sur le flanc, on ressent leur force, la mer nous maîtrise totalement. A nous de rester tranquille et de faire avec sa colère...

Côté au vent, ces vagues éclatent contre la coque et l'eau passe directement de l'autre coté du bateau. Il faut juste baisser la tête pour ne pas tout se prendre dans la figure.

Toujours sous le grain, le bateau prend un coup de gîte et une vague remplit le bateau. Je réveille Antoine en criant :
"On est plein d'eau, je n'arrive pas à évacuer !"
En fait, la plus grande partie s'évacue très vite, mais il en reste au niveau du banc sous le vent. Il faut que le bateau se remette a plat pour évacuer.

Le grain passe. J'ai chaud : j'ai mis trop de vêtement, j'ouvre donc le col de mon ciré pour respirer un peu. Ce qu'il ne fallait pas faire... 5 minutes après, une vague explose et l'eau entre cette fois directement dans le cockpit, exactement sur ma tête : je reçoit des seaux d'eau froide, l'eau entre par le col sous le ciré et commence a descendre. Vite, je me penche en avant, mais c'est déjà trop tard, je suis trempée jusqu'au ventre.

J'en ai marre, je rentre et je branche le radar. Il y a des grains partout ! A l'intérieur, il faut s'accrocher.

Antoine se lève et je lui fait part de mes impressions..."

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Antoine fait un tour à l'extérieur.

On décide de réduire encore la toile. Il ne nous reste pas grand chose, on a déjà 3 ris dans la grand voile, plus de génois, un 1 ris dans la trinquette. Antoine réfléchit tout haut :

"Si on enlève tout, j'ai peur que l'on se face trop chahuter par les vagues. La grand voile est fatiguée, ça serait bien de la protéger, et si on l'enlève, on partira moins au lof et on soulagera le régulateur d'allure. Il restera que la trinquette arisée, ce qui fait tourmentin. On a jamais essayé..."

Nous voici donc de nouveau en manoeuvre dans le gros temps. Il s'agit de lofer un maximum pour affaler la grand voile et l'attacher solidement avec l'araignée. On se prend les vagues en pleine face, le bateau penche dans tout les sens, il faut hurler pour s'entendre, et encore....

Antoine s'accroche au pied de mat et affale tout. Il reste maintenant à récupérer et ranger la voile. Elle est solidement arrimée à la bôme, bien saucissonnée.


1 - une vague approche à l'avant,

 


2 - elle éclate sur le bateau,

 


3 - et continue sa route...

 

 

 

C'est difficile de rendre en photo l'état de la mer, surtout depuis le bateau : on a l'impression que les vagues sont aplaties. En réalité, elles sont vraiment impressionnantes, peut-être 5 mètres pour les plus grandes.

 

 

La nuit.

Le bateau est réglé pour la fuite, avec le minimum de toile.

On part se coucher, il n'y a plus rien à faire dehors. C'est dangereux de veiller à l'extérieur, la mer est déchaînée, la visibilité presque nulle. On est vraiment crevé, Madéo s'en sort tout seul... La trinquette, la dérive arrière, le régulateur d'allure et nous voilà sur un rail à 30° de la route direct. Que faire de mieux ! Hélène dort sur une couchette navigateur dans le carré, Antoine à l'arrière. On avance moins vite, sans trop gîter, mais le coup de vent n'est pas terminé. On s'endort avec les vagues qui éclatent contre la coque avec fracas.

En pleine nuit, un coup de masse résonne sur le pont. Puis le bateau tremble comme un pommier que l'on secoue. Antoine crie "ça va ?". Hélène allume sa lampe de poche, et vérifie à travers le hublot que le mat est toujours là, persuadée du contraire. Mais le mat est là, Dieu merci, le bateau a repris sa course sans dégât. Mais qu'est-ce que c'était que ce terrible bruit ? Certainement une vague encore plus grosse que les autres qui a éclaté sur tout le bateau.

Le reste de la nuit est agité. On s'endort enfin au petit matin, car la mer est de moins en moins turbulente. Quand on met le bout du nez dehors, il est presque midi, il y a des vagues dans tous les sens mais le vent est bien tombé, on avance à peine.

Ci-contre, la photo de la trinquette arisée au matin ; c'est ce qu'il restait de toile depuis la veille au soir : l'équivalent d'une voile de planche à voile pour enfant !

 

 

vendredi 28 mai : 140 miles - 5,8 noeuds

 

On commence par relancer de la toile pour avancer.

Toute la matinée, séchage des affaires : cirés, coussins, couettes, vêtements (dont sept paires de chaussettes trempées en deux jours !), 54 noeuds dans les haubans, bravo Madéo tu nous as épaté. On a goûté au sud de la dépression qui va maintenant courir vers l'Irlande. Où sont les autres, il y avait tellement de voiliers de copains en mer. Parti la semaine avant nous ou la semaine après, ils sont étalés sur 2000 milles mais la tempête suit notre route et a dut toucher beaucoup de monde. Croisons les doigts, pourvu que tous les voiliers se soient bien comportés et que toutes les grosses vagues aient subi de la résistance.

 

 

Antoine vérifie les haubans les uns après les autres. Après une bonne demi-heure sur le mat et une autre sur le pont : rien à signaler !

On range correctement le pont, les affaires sont presque sèches.

 

Un bon pain de 1 kg est pétri, il lève pendant que l'on se couche pour une petite sieste.

Le bateau roule car on est vent arrière, les voiles sont en ciseaux. Un cargo, "coucou". Il a du sentir la tempête aussi...

 

 

samedi 29 mai : 146 miles - 6,1 noeuds
 

 

Journée cuisine rodéo pour Hélène, c'est dur dans le roulis ! Le pain est excellent, on mange un pain de 500 grammes à deux : beurre et Nutella sur des tartines encore chaudes....

Côté manoeuvres, on enlève le ris, on fait une tentative au grand largue, avant de revenir en ciseaux, car on ne tenait pas le cap.

Antoine se douche et se fait couper les cheveux, avant de s'endormir pour une grosse nuit. C'est Hélène qui veille au radar !

 

 

dimanche 30 mai : 169 miles - 7 noeuds
 

Aujourd'hui, journée pluie. Heureusement, le vent est régulier : pas de manoeuvre.

On est réfugié à l'intérieur : cuisine, bouquin, site, rasage.

Par contre, on avance bien, et c'est bon pour le moral. En ciseau Madéo part au surf et ne bouge pas de son rail. Nous partons pour un record aujourd'hui. Attention Lou Virus on pourrait te rattraper !

Antoine plante son piquet de grève : "y'en a marre, j'ai faim".
Antoine adopte un nouveau régime, il a faim toute les 2 heures...

 

 

lundi 31 mai : 173 miles - 7,2 noeuds
 

Antoine passe une bonne partie de la nuit dehors. Hélène est effarée : "Comment fait-il avec un froid et une humidité pareille ? Même avec trois couches de vêtement, matelas et couverture, je ne tiens pas une demi heure allongée !".

Point positif, on a carrément accéléré. Grand largue et mer plus plate, Madéo fonce à 7-8 noeuds. Au petit matin, Hélène a un peu de mal à prendre son quart et prolonge sa nuit de 2 heures... Ca va, on n'a rattrapé personne. Des pointes à 9 noeuds, rien de tel pour réveiller Antoine pour le petit déj. Antoine traîne un peu, Hélène bouquine, du coup, on oublie la météo. On n'est pas très fiers de nous : c'est pas un endroit ou on avance les yeux fermés. On ne s'inquiète pas de trop quand même, le baromètre est remonté à 1015 hPa, on doit s'approcher de l'anticyclone centré entre les Açores et Irving.

Le petit déj se passe à l'intérieur et se prolonge. Du coup on sera décalé toute la journée dans les repas, alors qu'on était censé se rapprocher de l'heure locale des Açores. C'est loupé !

On prend un ris et on détangonne. Antoine va en profiter pour réparer trois petits accrocs sur la grand voile.

Hélène tente de trouver l'appétit devant les photos de ses bouquins de cuisine. Assez efficace ! Antoine lit attentivement le livre des Glénans.

On passe un bon moment dehors.

Le temps se couvre dans l'après-midi, on se réfugie à l'intérieur. La surveillance se fait au radar.

Dans l'après-midi, Antoine lance un appel à la VHF sur le canal 16 : "Ici Madéo, Madéo, Madéo. Je cherche un bulletin météo." Et aussitôt, miracle : "Madéo pour Zig Zag..." Un voilier Français nous répond, il est a plus de 80 milles d'après ses coordonnés. C'est marrant de converser avec un autre équipage. "Merci pour la météo et à bientôt aux Açores".

On se prend une énorme vague dans le cockpit, heureusement, on était toujours à l'intérieur, mais nos coussins africains sont définitivement trempés et salés.

Et Madéo avance toujours à 7 noeuds pile poil dans la bonne direction. Ca fait très très plaisir, même si l'on sait qu'il reste plus de 550 miles à parcourir. On commence sérieusement à se dire :"si ça continue, comme ça, on arrive dans 4 jours, allez, 5 jours en voyant large".

Le ciel nous offre toutes les formes de nuages. Les prévisions ne sont pas bonnes pour les amateurs de bronzette. Par contre le vent sera au rendez-vous et nous poussera gentiment vers notre prochaine escale.

 

 

mardi 1 juin : 146 miles - 6,1 noeuds

 

 

Encore une nuit avec l'aide du radar. On recroise un cargo en début de nuit, Antoine arrête l'alarme le temps qu'il passe. Un peu plus tard, Antoine voit une lumière bizarrement proche du bateau, il se lève, sort et voit un autre cargo, tout près du bateau. Sur l'écran du radar, il est a un demi mile ! "Oups, l'alarme" Belle boulette, Antoine... La rencontre aurait pu faire mal. Nous a t-il vu ? Il est bien proche tout de même, ça refroidi !!!

Réveil physique à 7 heure du mat : il faut prendre un second ris. Des grains commencent à nous tomber dessus. On va se recoucher. On commence vraiment à avoir du mal à se reposer, un peu de soleil ne serait pas de refus.

On n'arrive pas à capter la météo, sûrement à cause des grains. Le radar est tout noir ! Le vent souffle a 20 noeuds avec des rafales à 35.

Et nous, on est secoué comme un prunier à l'intérieur du bateau. Les vagues sont de côté, parfois une plus grosse pousse le bateau et le fait gîter encore plus, parfois une autre éclate sur le pont. Ca fait plutôt rire Antoine. Hélène s'accroche et travaille sur le site pour se changer les idées.

Antoine est dehors pour profiter du spectacle et pour régler le bateau. Le vent tourne un peu dans tout les sens. A chaque fracas sur le pont, Hélène vérifie quand même que le skipper est toujours là.

La nuit est longue et presque infernale, on reçoit grains sur grains. On partage la nuit en 2. Ca souffle fort.

Hélène commence à se demander vraiment ce qu'elle fait là... C'est moins violent que le coup de vent d'il y a quelques jours, mais très fatiguant pour le moral.

 

 

mercredi 2 juin : 158 miles - 6,6 noeuds
 

Belle journée après une nuit difficile. Le soleil nous réchauffe et nous remonte le moral. On profite pour sécher quelques affaires, faire du rangement dans le bateau et entamer un gros ménage. On prépare un bon pain.

Quelques belles vagues traîtresses viennent mouiller le cockpit tout de même.

 

 

jeudi 3 juin : 82 miles - 5,9 noeuds
 

Mais c'était trop beau ! Aujourd'hui, la pluie est revenue... Belle surprise au milieu de la journée : on entend les sons suraigus des dauphins à l'intérieur du bateau. C'est le meilleur des remontes moral !

Nous le prenons aussi comme un message d'accueil dans les Açores : éh oui, normalement, on arrive demain.

 

 

vendredi 4 juin - arrivée - total : 2358, 5,9 noeuds
 

Dix-huitième jour de mer : on est tous les deux debout très tôt le matin, très impatients de voir la terre. Hélène a préparé des petites brioches qui fondent dans la bouche. Que les derniers miles sont longs...

Soudain, à deux miles, une forme sombre apparaît dans le brouillard, c'est Flores, toute noire.

On longe l'île, les détails apparaissent : la digue, les mats des bateaux,... on est presque au port.
 
Une dizaine de voiliers sont déjà mouillés. "Pas de Lou Virus, zut ils ont du poursuivre vers Horta pour réparer, j'espère que tout va bien. On ne les a quand même pas doublé !"

Antoine fait son petit manège habituel pour mouiller. Il choisi une petite place prêt de la plage et assez proche des rochers. On verra comment le vent évolue mais pour le moment c'est parfait. L'immigration arrive presque en même temps que nous. Une 4*4 verte et des hommes en uniformes qui nous fond signe. "Oui, oui, on gonfle l'annexe". Ils ne sont pressés en fait. Contact très chaleureux, les policiers sont amusants et vraiment tranquilles. Ils remplissent pour moi les papiers. Une Twingo se gare juste à côté de nous. La femme qui conduisait se rapproche, elle est habillée en gin de la tête aux pieds. Elle grimpe dans le 4*4 ou nous étions tous rassemblés.
- "Hello, where do you comme from ?"
-"France"
-"Bonjour, je suis les douanes"
Ouah !!! C'est cool les douanes ici. Elle recopie nos informations à partir des feuilles de L'immigration et me demande quelques compléments strictement inutiles.

La première nuit au calme est difficile. On fait des insomnies.

 

 

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