Açores - Brest avant | après
retour page escales

Date du départ : 30-Juin-2004
Date d'arrivée : 10-Juillet-2004


 
mercredi 30 juin
Nous quittons Angra dans l'après-midi, la mer est calme et le soleil brille. Le vent est vraiment très léger mais nous déployons toute la toile pour profiter du moindre souffle.
En face de la ville, voici la petite île coupée en deux. Oscar est passé entre les deux parties, on se contente d'une photo, le large nous appelle !

Antoine règle le bateau et vérifie chaque élément. C'est au tour des haubans qui ont le droit à un check-up complet avant les 10 jours de mer qui nous séparent de Brest. On a tout ce qu'il faut à bord pour graisser ou remplacer. Rémi participe à l'opération et se rend compte de l'importance de ces petits câbles qui retiennent cet appendice de 13 mètres de haut.

C'est agréable de partir prêt, sûr de soi et de son bateau, par beau temps.

 

 

 

Bye, bye les Açores... Nous dépassons la dernière pointe, le dernier phare, la dernière falaise pour nous jeter directement au-dessus des fonds de plusieurs milliers de mètres de profondeurs.

 

 

 

La mer est belle, trop belle. Pétole. Moteur.
19h Hélène s'écrie : « Dauphins à bâbord ! » Antoine, à peine sorti, reprend : « Un peu gros tes dauphins,... des baleines ! Barre à bâbord, gaz à fond, on va voir ça »
Branle bas de combat sur Madéo. Caméscope, appareil photo, bouquins des mammifères marins, tout est sur le pont, sauf Antoine, déjà sur la deuxième barre de flèche.



 

 

Voici donc les animaux de près : et là l'identification devient aisée : ce sont des cachalots. Ceux-ci font au moins 15m de long. Madéo ne fait pas le poids à côté...


On les repère de loin et on s'approche doucement au moteur, ils nous entendent arriver et plongent quand nous sommes trop près. On essaie de ne pas trop les déranger.

Ils réapparaissent quelques minutes plus tard un peu plus loin.

Sur la photo de droite et les trois ci-dessous, c'est une mère avec son petit. On l'aperçoit juste à droite de la mère à chaque fois. C'est magique de les voir ensemble. Le bébé ne quitte pas sa maman et elle reste toujours entre nous et lui. Ils ne sont pas pressés, ils gardent juste une distance de sécurité avec nous. Quand ils la jugent trop trop faible, ils accélèrent en donnant deux, trois coups de queue bien appuyés. Si nous sommes toujours là, nos deux compères basculent la tête en avant et glissent dans les abîmes en nous offrant un petit coucou avec leur queue gigantesque.

Nous les dérangeons sûrement mais la tentation est trop grande pour ne pas les approcher.

Ils sont groupés par deux ou trois, on distingue une dizaine d'individus éparpillés.

Ils soufflent en remontant de leur plongée, c'est ainsi que nous pouvons les repérer facilement. Trois expirations et le cachalot peut replonger pour quelques minutes. Le petit est moins doué en apnée alors ils remontent plus souvent et nous pouvons les suivre sans trop de mal.

 

Depuis son perchoir, Antoine voit l'animal en entier à travers l'eau, même si l'aileron ne dépasse pas. Pratique les marches dans le mât !

C'est grand, c'est beau ou plutôt majestueux... Le spectacle est tellement excitant, vive la mer calme, nous aurions pu passer à côté d'eux sans les voir !!! Un mois dans les Açores et c'est le dernier jour que nous les voyons, ouf...

Ces animaux sont inoffensifs, mais on ne tient pas à prendre un coup de queue dans la coque !

Cette fois-ci, vous ne pouvez pas dire qu'on ne voit pas le petit.

 

 

 

 

 
Le plongeon...

 

 

 

La peau du dos est un peu ridée, ce serait un signe de sous alimentation d'après nos livres.

 

 

De très près, deux cachalots côte à côte. On ne se lasse pas de les regarder mais ils nous portent peu d'attention. Seul l'un d'entre eux s'est subitement arrêté devant nous. Il a fait un quart de tour, s'est mi sur le côté et a sorti la tête de l'eau. Vous imaginez notre surprise ! Mais que veut-il ? Stopper les machines !!! Il est resté ainsi quelques instant et a repris son chemin. Un de nos livres nous décrit la même scène et nous apprend qu'il était tout simplement curieux de savoir ce qui le suivait ainsi.

 

 

Un petit groupe vu de haut, les trois individus vont se regrouper, marquer une petite pose et disparaître dans les fonds chacun leur tour.

Nous avons tourné presque deux heures au milieu d'eux, ce sont des moments très intenses et on a du mal à partir. On se sent privilégié d'avoir pu approcher de si près ces grosses bêtes, mais il ne faut pas les déranger plus. Ce seront nos dernières images des Açores, des souvenirs très forts.

 

 

 

jeudi 1er juillet - 122 milles : 5,1 noeuds
 

Premier roulement de quart et première vraie nuit de quart pour Antoine (nuit divisée équitablement...).
Rémi de 20h à minuit aura une nuit tranquille, pétole, moteur, pas un chat sur la mer (!). Puis Antoine jusqu'à 4h20, il est alors raisonnable de réveiller Hélène. Et là, le vent se lève et il commence à pleuvoir. Hélène se tire péniblement du lit douillet en enfilant sa tenue complète Musto : sympa le dernier quart !

Belle journée à l'extérieur, activités calmes, Rémi somnole beaucoup et à du mal à trouver son rythme. Mais c'est normal.


En fin d'après midi, une bande de dauphin nous fait la fête : ils sautent et jouent à l'avant du bateau. Antoine, à la barre, en voit même un qui lui fait un back flip, un salto arrière, montrant alors tout son ventre. Rémi est subjugué. Ils ne resteront que quelques minutes mais quel spectacle magique !

 

 

 

vendredi 2 juillet - 118 milles : 4,9 noeuds
 

Rémi s'empare de la cuisine d'Hélène : tournée de crêpe pour le petit déjeuner.
Pendant la matinée, tandis que Hélène s'apprête à accomplir un besoin naturel, une jolie tortue d'un bon mètre de diamètre frôle la coque. Bizarre, elle n'a pas plongé lorsqu'elle a vu le bateau. Serait-elle morte ? Le skipper est prêt à faire demi-tour mais la maîtresse du bord refuse, arguant que les tortues sont protégées.
Premier cargo nous croisant à bâbord, c'est toujours émouvant de rencontrer un autre bateau quand vous êtes perdus loin des côtes !

Le vent fraîchit en rafales au début de la nuit. Les deux marins expérimentés font une démonstration de prise de ris dans la lueur de la Lune. Un ris puis un autre dans la foulée. Rémi est impressionné par la concordance, la rapidité et la précision des gestes de la manoeuvre et reste bouche bée. Pourtant en prenant une bonne déferlante sur le museau, il aurait mieux fait de rester au sec à l'intérieur !

 

 

 

samedi 3 juillet - 147 milles : 6,1 noeuds
 

Hélène et Antoine sont déjà levés et prennent le petit déjeuner tranquillement au soleil, composé d'oeufs à la noix de joue d'Archettes. Rémi sort à son tour et, immergeant lentement de son sommeil fait un tour d'horizon. Et là, à une petite centaine de mètres, il remarque un pschitt, sorte de grand jet d'eau et d'air, si particulier aux mammifères marins. Au même moment, dans le creux d'une vague, il discerne une grosse tache brunâtre." Oh, une baleine ! ". Les deux tourtereaux ne font guère attention aux hallucinations matinales du petit mousse. Pourtant quelques secondes plus tard, nouveau pschitt. " Je vous dis qu'il y a une baleine, là à 8 heures" Antoine se lève péniblement et confirme en quelques secondes.
Juste un coup d'oeil et le mammifère a déjà disparu.

 

La journée sera ensoleillée, même brûlante : premier coup de soleil pour Rémi qui passe sa journée à dormir.


En fin d'après midi, un gros nuage noir menace le Trismus. « Ça sent le grain » s'exclame Antoine. Il n'en faut pas plus pour Rémi pour aller continuer ses dix huit heures de sommeil à l'intérieur. Et là, tout a été très vite. Le vent est monté brusquement à vingt noeuds, la houle a commencé à se creuser. Antoine appelle calmement « il faut quelqu'un pour mettre un ris ».
Hélène décroche rapidement la tête de son bouquin pour sauter dans son imperméable. Rémi, choqué par la rapidité d'évolution de la météo regarde de nouveau la manoeuvre en faisant attention de ne pas se faire surprendre par une vague, synonyme de douche salée. Un ris est posé et, s'apprêtant à en mettre un deuxième, Hélène et Rémi remarquent que la voile et déchirée à deux endroits sur 1 mètre et 50 cm. « Il faut l'affaler » crie Hélène à Antoine en montrant les deux énormes trous béants. Antoine se dépêche alors de hisser la trinquette et d'enrouler un peu de génois. Notre route est face au vent, nous sommes alors obligés de faire du près.

 

Première expérience pour Rémi qui fait des sauts de puces complètement recroquevillé dans son lit, à l'avant du bateau.
On avale une platerée de raviolis en priant pour que ça dure le moins de temps possible. Vivement demain, après la pluie...

 

 

 

dimanche 4 juillet - 102 milles : 4,2 noeuds
 

Le vent s'est calmé vers 2 h du matin et Antoine, le brave skipper, au péril de sa vie est allé dérouler un peu de génois. Il reste juste cette agaçante houle. La nuit fut agitée pour tout l'équipage, peut être même plus pour Rémi qui s'installe avec méfiance à la table du petit déjeuner.

Pain, charcuterie, fromage, gâteau sec, jus de goyave, Coca... tout est réuni pour se bourrer l'estomac. Cependant après avoir ingurgité une bouchée ou une gorgée de tout cela, Rémi lâche un petit « ça va pas ». Quelques centilitres d'eau plus tard il redit les mêmes mots et là il a peine le temps de finir sa phrase qu'il se rue vers l'évier la main sur la bouche afin d'éviter un quelconque épandage. Et raoul. On se passera des précisions sur l'état de son tee-shirt et de son pauvre pantalon. Du coup les autres occupants du carré se précipitent dehors car il n'en faut pas beaucoup plus pour qu'ils appâtent eux aussi les poissons. « Je l'avais dis que ça serait un exploit si je gardais tous mes repas jusqu'à Brest ! » lance Rémi qui du fait va déjà mieux, et se prépare à une bonne sieste matinale.

 

Hélène, voyant son frangin dormir comme une marmotte les journées entières décide de prendre les choses en main en réveillant Rémi pour lui coller à l'insu de son plein grès un patch anti mal de mer derrière l'oreille. « Mais je ne suis pas malade ! ? » « Non, tu dors juste toute la journée, et tu es quand même là pour en profiter, non ». De toute façon le patch est ouvert, impossible de refuser.

La journée se déroule tranquillement, Hélène nous prépare deux succulentes pizzas pour le déjeuner. Rémi picore avec beaucoup de mal une part et demi, Hélène trois petites parts quant au skipper, il se goinfre avec bonheur sans en laisser une miette !

 

Profitant de l'accalmie, nous entamons une réparation de fortune (autocollant) de la grand voile qui commence sérieusement à faire patchwork... Les deux déchirures ne sont pas trop grave car elles se situent le long de la chute. Le tissu est vraiment fatigué et dès que la voile fasseye trop fort, le renfort de la chute se détache du reste de la voile. Une bonne bande autocollante que l'on replie de chaque côté sur 15 cm devrait suffire pour la renforcer. Toute la longueur de la chute est pratiquement renforcée désormais !

Le menu du dîner est fixé par Hélène : soupe d'antan et pâtes américaines (du "gruyère" et de la "crème" lyophilisés sont emballé avec les pâtes). Un bol de soupe bien chaud remet tout le monde sur pied, et, en attendant les pâtes, Antoine décide de jeter un coup d'oeil à la turbine de liquide de refroidissement du moteur. Il ouvre le capot, ce qui laisse échapper une tiède odeur de gazole. Rémi qui se trouvait juste à côté, toujours aussi bien placé, remarque que la soupe passe d'un coup moins bien. Le bateau, ne navigant plus au moteur, avance avec peine.
«Il faut lancer le génois » ordonne le skipper. Hélène traverse le cockpit pour jouer du winch, Rémi fait le chemin inverse pour... et bien oui, déglutiner son bol de soupe. Sacrée journée pour son oesophage. Et bien sûr, Rémi ayant voulu épargner Hélène de ce vilain spectacle, toute la soupe fut lâchée par bâbord, face au vent... et un crépi sur la coque, un ! Pas de temps à perdre, il faut astiquer au balai brosse... Distribution des auges de pâtes. Rémi se force puis abandonne à la cinquième fourchette ; Hélène goûte une cuillère, tente une deuxième, s'oblige une troisième et confirme la quatrième à la bouche, « ce n'est vraiment pas bon ! ». Devinez quel glouton va finir son bol et celui de la miss... sans commentaire.

 

 

 

 

lundi 5 juillet - 130 milles : 5,4 noeuds
 

Antoine est toute la nuit : on est au moteur avec le radar, c'est plus cool, il peut sommeiller à l'intérieur. La grand voile est affalée au milieu de la nuit, elle ne sert plus à rien, la mer est plate.

A 4h30, il réveille Hélène à coups de coude : dur, dur ! Impossible de se lever et de rester debout, Antoine sert de radio-réveil toutes les heures, et Hélène se lève pour un tour de vérification générale avant de se recoucher aussitôt. C'est qu'il fait rudement froid ! Le lever du soleil est magnifique, quel bonheur !

A 8h30, Antoine est debout, en pleine forme, et réveille tout le monde à coup de Cocorico et de musique.

On prend le petit déjeuner dehors, bien emmitouflés.

11h40, c'est la météo : pas de chance, aujourd'hui, c'est presque incompréhensible. On nous prévoit de l'ouest sur Charcot. Un énorme anticyclone s'est créé au milieu de l'Atlantique. Une dépression doit normalement se créer au dessus de notre tête.

Bon déjeuner sous le soleil : pâtes carbo, puis un pain tout chaud pour le goûter, soupe et quiche pour le dîner. C'est journée bonne bouffe !

Rémi dort peu : 1 heure, un record.

Antoine peint une grande affiche "A vendre" en vue de Brest 2004. Douche tiède pour Antoine et Hélène, ça commence à être difficile.

On commence à faire des pronostics sur notre date d'arrivée.

 

 

Depuis 3 jours, on a remarqué que des petites méduses flottantes avec une voile toute bleue étaient dispersées sur la surface de l'océan. Antoine affirme quelles possèdent des longs filaments très urticants voir vénéneux qui se promènent en dessous de leurs corps. Mais alors ce matin, surprise au réveil, ce sont des millions de ces petites bestioles qui tapissent toute la surface de l'eau. C'est à la fois impressionnant, sublime et inquiétant : quel carnage si tous ces objets flottants au grès des vents s'échouent sur les côtes ! Du coup, baignade derrière le bateau strictement interdite jusqu'à disparition de ces surprenantes médusiolles (ce sont des petites méduses !).
Remises à l'heure françaises des appareils : Plus deux heures. Étranges, le soleil se couche à 23h15 ! Latitude autour des 45ème... normal !
Deuxième douche depuis le départ pour Hélène et Antoine. 5 litres d'eau tiède par personnes, autant vous dire qu'il faut être actif !

 

 

 

 

Une idée trotte dans la tête de l'équipage depuis ce matin...

Il fait grand beau, le vent vient de derrière, et si en tentait une nouvelle combinaison de voile ?

 

 

 

Les deux génois sont envoyés. Le léger est endraillé sur l'enrouleur et le lourd est juste hissé comme un spi asymétrique. On tangonne les deux et on obtient presque un spi de 100 m². Le résultat est très satisfaisant car le bateau s'équilibre et ne peut plus partir au lof. Certains bateaux endraillent même les deux génois sur l'enrouleur mais c'est plus embêtant pour affaler en urgence.

Le "spi" est enlevé pour la nuit.

 

 

 

mardi 6 juillet - 134 milles : 5,6 noeuds
 

Matin grisâtre et humide. On décide de prendre le petit déjeuner à l'intérieur.

Rémi et Antoine regardent un bon film pendant qu'Hélène s'endort toute habillée dans le cockpit.

Les gros nuages gris bien foncés suspendus au ciel bleu autour de Madéo bougent peu à peu. Les grains nous évitent, nous contournent et disparaissent au radar. On profite des vents alentour assez soutenus pour tracer notre route à vive allure.

Nouvelle douche pour Rémi qui s'octroie discrètement 6,5 litres d'eau à température idéale... « Inexpérience oblige » explique-t-il. Imaginez-vous : un litre et demis pour mouiller tête et corps ; shampouinage des cheveux et frottage énergique (car le vent souffle) de tous les membres et, une fois bien savonné correctement, un seau d'eau de mer puis cinq misérables petits litres d'eau douce pour faire disparaître toutes traces de savon sur l'intégralité du corps... pas facile. Après, essuyage en catastrophe car le vent ne s'est toujours pas arrêté ni réchauffé. Durée totale de l'opération : 4'30 nu comme un ver à la merci des 15° matinaux. Autant vous dire que, les hommes comprendront davantage, ça raffermit !
Il y a encore plus de méduses. Ça devient inquiétant.
Premier quart vraiment actif pour Rémi : déroulage, bordage, choquage et enroulage du génois, réglage de la dérive arrière et du régulateur d'allure. Le p'tit mousse est fier de SA nav et donc commence à vraiment apprécier la navigation. « Quel bonheur de voir des résultats positifs (gain de vitesse, meilleure précision de la route) après mes réglages » affirme-t-il même au skipper au changement de quart.

 

 

mercredi 7 juillet - 130 milles : 5,4 noeuds
 

Hélène profite tranquillement de la fin de son quart pour prendre son petit déjeuner seule dehors. Elle réveille doucement les deux hommes pour les prévenir qu'il y a un truc à l'extérieur. Rémi s'extirpe tant bien que mal de son douillet duvet pour aller jeter un coup d'oeil rapide à ses dires tandis qu'Antoine, couché seulement depuis quelques heures, n'a pas la motivation pour sortir d'un si bon sommeil. Un voilier navigue à quelques milles par tribord. Rémi se recouche illico presto après un rapide coup d'oeil aux jumelles.

 

Quelques minutes plus tard, Hélène d'un ton beaucoup plus persuasif crie à la baleine. Antoine se réveille brusquement, trop rapidement même : il est pris d'un sursaut et, relevant la tête de bon cour, sans crainte aucune, il se percute le front violemment sur une vis garnie de trois écrous. Un bruit résonne même dans tout le bateau.

Rémi passe juste après, et croyant qu'il s'était simplement cogné, ne fait guère attention et continue son chemin pour aller voir les cétacés.

 

Deux minutes plus tard, on voit Antoine se lever en se tenant la tête, un peu de sang coulant entre ses mains. « A bobo » murmure-t-il avant de s'affaler sur son lit. Hélène inspecte la plaie et Rémi fait les premiers soins. Une belle bosse surmontée d'une plaie de 1,5 cm profonde de 1,5 ou 2 mm... Encore un souvenir du tour de l'Atlantique gravé sur son front !

 

 

On essaye de rentrer en communication avec le voilier. Hélène dans un anglais quasi parfait explique le voyage et demande des nouvelles. C'est un hollandais fort sympathique qui rentre chez lui. Plus tard dans l'après midi, il nous communiqua le bulletin météo qu'il venait de recevoir : grosse dépression sur la Bretagne, vent de force 8 à 10, mer agitée. Pas de panique, on est encore à plus de 300 milles nautiques on a le temps de voir venir ; on s'inquiète plus pour les parents, Bretons et Vosgiens, qui doivent se faire un sang d'encre en regardant la météo.
Toujours autant de médusettes (petite méduses aussi mais un peu plus petit que les médusioles !). De savants calculs combinés entre Antoine et Rémi ont conclu qu'il n'est plus question de millions mais bien de milliard de ces bestioles.
Nouveau patch anti mal de mer, qui est vraiment efficace car les trois jours d'actions sont passés et Rémi est "ballonné" et commence à vouloir dormir.
 

Antoine, en fin d'après midi, décide d'aller assoupir un besoin gastrique. Jusque là rien de très passionnant mais tout se précise lorsqu'il jette un coup d'oeil a bâbord. « des babas, des babas, des BALEINES » s'exclame-t-il. Les équipiers, alors à l'intérieur, sortent en moins de trente secondes, appareil photo et caméscope en main ! Le rodage est bon !

4 peut être 5 mammifères marins d'une vingtaine de mètre minimum rôdent à une soixantaine de mètre du bateau. Rémi pour mieux profiter du spectacle décide de monter au mât. Ce qu'il n'avait pas anticipé, c'est qu'avec la houle qui se formait depuis le début d'après midi ce ne serait pas très évident. Pas évident c'est une chose, mais qu'à trois mètres de haut il serait au niveau vertical de la mer et secoué comme un mirabellier c'est autre chose. Du coup il n'a plus envie de regarder les baleines mais plutôt de trouver 4 points d'accroche sécurisés et sécurisants. En fait il est descendu bien plus vite qu'il n'est monté et avait étrangement perdu tout son bronzage ! Belle frayeur aussi pour tous les occupants du bateau quant une baleine change brusquement de cap et file droit sur Madéo. Fort heureusement elle décale, à trente mètres, sa route à de quelques degrés et s'enfonce majestueusement dans les abîmes. Ouf !

 

 

 


Les quarts sont mouvementés et bien sûr, comme d'habitude, solidement harnachés : baudrier à enfiler ou ciré Musto avec baudrier intégré + longe. Règle d'or, comme en escalade, toujours un point d'attache. Une ligne de vie de chaque côté du bateau permet d'accéder à l'avant.
Changement, Rémi laisse sa place à Antoine. Tout content d'aller dormir, Rémi se dépêche d'enlever ses 2 couches imperméables. Il met un pied dans le lit mais Antoine appelle quelqu'un pour abattre la trinquette. Renfilage des habits mais impasse sur les bottes, les baskets suffiront. Manque de bol, grosse vague sur le nez du bateau : 20 cm d'eau qui traverse le pont. Les belles chaussures toutes neuves, pourtant water-resist, complètement immergées. Antoine ne se gène pas pour se marrer, bien au sec dans ses bottes.
La manoeuvre terminée, Rémi essore ses chaussettes et saute dans son duvet. 5 minutes plus tard, Antoine appelle de l'aide pour mettre un ris... Hélène et plus rapide ! La grand voile sera d'ailleurs abattue pour cause de déchirure. Et cette fois-ci, la déchirure semble très sérieuse. Le premier ris a cédé sous la tension, il a donc fallu en prendre un deuxième qui a également cédé. Les prises de ris sont renforcées mais la voile s'est déchirée tout autour sur plusieurs dizaines de centimètres. Il fait nuit, nous ferons un bilan demain mais il ne sera pas fameux, c'est certainement la fin de notre grande voile !!!

 

 

 

jeudi 8 juillet - 121 milles : 5 noeuds
 

Grosse mer en ce jeudi. La houle est forte mais le vent n'est pas à la hauteur des vagues. Rémi aperçoit quatre ou cinq gros dauphins qui jouent dans une grosse vague derrière Madéo. Le mousse appelle des renforts, Hélène arrive mais elle a juste le temps de les apercevoir avant de disparaître aussi rapidement.

La houle se creuse encore plus dans la matinée. Antoine est formel : creux de 6 à 8 mètres. Tout l'équipage est donc réuni à l'intérieur. Rémi grâce à son patch et frais comme un gardon, euh pardon, comme une sardine et, chose surprenante, c'est le seul qui soit actif. Seul maître à bord. Compréhensif, il paye une tourné de Mercalm ! La forme est meilleure après le repas, la mer aussi. Réparation de fortune de la grand voile, il ne reste plus qu'un petit bout, trois ris.

 

 

 

Dans l'après midi, une vingtaine de dauphins communs nous rendent visite. Ils jouent, virevoltent autour du nez du bateau.

Pour ce qui est des méduses, elles sont toujours présentes mais moins en nombre que les jours précédents, ce qui est plutôt rassurant à l'approche des côtes. Par contre avec cette mer agitée, elles sautent sur Madéo et se collent un peu partout. Attention où vous posez les mains !!!

 

 

 

 

Les toilettes en mer, quand on a prit l'habitude tout va bien ! On peut même admirer les arcs-en-ciel en gîtant à 30° sans se mouiller les fesses !!!

 

 

vendredi 9 juillet - 127 milles : 5,3 noeuds
 
Une belle dernière journée se prépare sur Madéo. Elle se déroulera entre bronzage, nettoyage intérieur du bateau, peaufinage de la prochaine mise à jour du site, changement de génois et, pour ne pas changer, visite d'une troupe de dauphins commun.
 
En fin d'après midi, on approche d'un rail de cargos, une véritable autoroute ! Rémi monte en tête mat pour scruter tout cela : il n'en compte pas moins de huit ! Ils se déroutent et passent dans tous les sens à quelques centaines de mètres du bateau.

 

 

 

 

Dernier couché de soleil, le vent s'est calmé pour nous laisser l'apprécier. Merci et bonne nuit...

 

 

En début de nuit, on aperçoit le premier phare. Les quarts vont être difficiles avec tout ce trafic.

 

 

 

samedi 10 juillet

Entre les bateaux à veiller au radar et les petits réglages de Madéo, les heures ont-elles défilé à toute allure ou a-t-il eu envie de profiter au maximum de cette dernière nuit de nav sur Madéo ? Toujours est-il que Rémi a pris un très long quart : presque la totalité de la nuit !

Il réveille Hélène vers 4 heures : empilage de sous-vêtements, polaires, blouson et veste de quart avant de mettre le bout du nez dehors. Il fait humide et frais, le ciel est complètement dégagé. Rémi s'endort aussitôt sur la bannette tribord, au milieu de toutes ses affaires éparpillées. Les plafonniers s'éteignent.

 

Quelle impression de calme à l'extérieur ! Madéo glisse sur l'eau, poussé par une petite brise, la fraîcheur empêche toute possibilité d'endormissement. Sans cesse, des feux rouges, verts, blancs, apparaissent et croisent au loin, très loin. Il faut écarquiller les yeux dans les jumelles, prendre de repères, imaginer les trajectoires. Mais tout se passe à l'horizon, pas de danger.

Petit à petit, le noir du ciel s'éclaircit. On devine des formes sombres, toujours au loin : est-ce un bateau ? un phare ? ou... la terre ! oh si seulement !

Mais non, d'après la carte, dans cette direction, c'est un phare. La terre n'est pas très loin, mais ce sont des îles basses, que même le radar ne voit pas. Avançons encore un peu !

 

Le ciel continue de s'éclaircir, mais le soleil est loin d'être levé.

Je devine de plus en plus de bateaux. Des pêcheurs bien sûrs, mais aussi d'autres beaux bateaux, au mouillage, et qui vont entrer dans le goulet de Brest avec la marée.

 

J'apprécie pleinement ces dernières heures de navigation, seule à mener le bateau après sept jours de mer. Le temps s'écoule lentement, alors qu'à terre, habituellement, je dors profondément à cette heure.

Je suis à la fois calme et fière d'amener Madéo à bon port, et je sais que je vais être la première de l'équipage à voir la terre. Ce sera bien la première fois du voyage !

Madéo avance tout seul, je règle le cap au régulateur d'allure. La mer est plate, le vent régulier et souffle tout juste ce qu'il faut.

Un grand trois mat a levé son mouillage, très loin devant nous ; plus rapide, il a déjà disparu à l'horizon. Par contre, un vieux gréement, qui a du passer la nuit devant Ouessant, se déhale doucement. On approche, sans voir la terre. Quelques phares se devinent de chaque côté. Une lumière diffuse se lève droit devant. Je file réveiller Antoine, après cette longue nuit, il est debout en quelques secondes... Le jour va se lever, et on arrive ! Des ailes de moulins apparaissent à contre jour devant le soleil qui arrive enfin.

"Mais non, qu'est-ce que tu racontes, ce sont des éoliennes !" répond Antoine, tout excité. Le soleil est à demi levé, et déjà trop lumineux, il cache les fines pales. Dessous, une fine bande de terre sombre se détache de la mer. L'aurore est jaune orangée pâle, le ciel dégagé.

Ce seront nos premières images de la terre, inoubliables, un sentiment d'avoir réussi à revenir d'un beau voyage. Même si l'on sait que ce n'est pas fini, il nous reste deux mois à naviguer !

La journée va être belle !

On profite vraiment de ces dernières heures à approcher doucement de la terre. On passera le goulet de Brest pendant la marée montante, avec le courant. Dans les deux prochaines heures, le téléphone de Rémi va capter, on va pouvoir appeler nos parents et Rémi va rassurer sa copine Alizée.

En attendant, on le laisse dormir tranquillement et on prépare l'arrivée. On décide de remonter dans la rade de Brest jusqu'au port du Moulin Blanc. S'il n'y a pas de place, ce qui est fort possible avec la Fête de Brest 2004, on trouvera un mouillage un peu plus loin. On prend un rapide petit déjeuner, il ne reste plus rien de frais dans le frigo. On salive déjà en pensant un bon resto de ce midi !

 

 

 

Les fous de Bassan nous font la fête avant de rejoindre la côte. Par endroit nous les voyons plonger et se goinfrer mais nos lignes n'attraperont pas un poisson. Temps pis le spectacle est déjà très beau.

 

 

 

 

Rémi est réveillé, on récupère son portable : "Allô maman ! C'est nous ! ".

Du côté des Vosges, c'est plus qu'un gros soulagement, presque un miracle : l'aînée et le benjamin sont vivants ! Catherine avait décrété depuis le départ des Açores qu'elle avait perdu deux enfants en mer, et qu'elle ne reverrait jamais les corps, perdus au fond de l'océan. La tempête qui a fait rage début juillet sur les côtes Atlantique n'a pas arrangé les choses...

Du côté de Concarneau, on est rassuré aussi, sauf que... Christiane et Hubert ne nous attendaient pas si tôt ! Vu notre départ tardif des Açores, Hubert a même annulé ses congés !

 

 

On passe le Goulet de Brest, la pointe Saint Mathieu.

 

 

Rémi passe une bonne heure avec sa douce. Il s'isole à l'avant et s'installe sur le balcon. Le ferry Ouessant Crozon passe un peu près de Madéo, les grosses vagues aspergent Rémi, Madéo oscille et ses pieds touchent la surface de l'eau !

 

 

Un avant goût des voiliers de Brest 2004. La manifestation est tout juste commencée et de nombreux bateaux sont déjà là à pavoiser sur le plan d'eau

 

 

 

Contact VHF avec le port du Moulin Blanc : il reste des places au ponton visiteur ! On sort les pares-battages et les amarres, l'arrivée est imminente. On est très très excités. Le moteur est démarré pour la manoeuvre d'arrivée au quai. Antoine repère une place facile d'accès à l'extérieur du ponton visiteur, Madéo s'approche en douceur, Hélène est à l'avant, prête à sauter avec une amarre, tout comme Rémi, au milieu du bateau.

20 mètres : Antoine coupe les gaz et se place à 30° du ponton, 10 mètres : Madéo avance sur son erre, 5 mètres : Madéo est bien ralenti, 3 mètres : Antoine se prépare à donner un coup de barre pour redresser le bateau, 1 mètre, Hélène saute sur le quai, un tour mort sur la bitte d'amarrage, Rémi la suit aussitôt, freine le bateau en tenant les filières, Antoine met la marche arrière. Hélène et Rémi n'ont plus qu'à stabiliser Madéo et à l'amarrer. Antoine coupe le moteur et met en place les amarres supplémentaires.

Ça y est, on peut souffler et redescendre sur terre ! On est arrivé !

 

 

 

la suite : Brest avant | après
retour page escales