Le retour avant | après
retour page escales

Date d'arrivée : 12 août
Date du départ : 14 août


 
jeudi 12 août
 

Départ de Tresco tôt le matin, la météo se confirme ce matin, nous sommes presque au centre de la dépression. L'oeil du cyclone !!! Non pas de blague, au centre il n'y a plus de vent, il reviendra progressivement et nous secourra sûrement un peu. Cependant il ne devrait pas y avoir de surprise, la tempête sera passée et ne fera plus que s'éloigner. Nous arriverons sur les côtes françaises avec un vent soutenu mais la dépression sera déjà loin, le danger aussi. Madéo prend donc le chemin du retour.

Nous sortons par la passe désormais connue, un autre voilier nous précède. Plus petit mais bien toilé il garde une longueur d'avance. L'île Saint Mary nous protège encore du vent et perturbe sa direction. Où en somme nous côté météo ? La pression atmosphérique ne remonte pas encore ! Madéo serre le vent en contournant l'île, tandis que le petit voilier rouge continue sa route sans perdre de vitesse. Nous sommes adeptes des routes directes, le vent va bientôt nous faire défaut et le moteur prendra le relais. Alors à quoi bon insister et perdre des précieuses heures à plusieurs dizaines de degrés de la route.
Le vent nous échappe, les voiles se dégonflent. Antoine change de génois pour garder de la toile aussi longtemps que possible. Le ciel s'est éclairci, nous sommes dans l'oeil de la dépression, plus de nuage, plus de vent… Cependant méfiance, car la tempête ne va pas nous éviter, ça va souffler et souffler fort. Sommes-nous fous de partir ainsi pour la traversée de la Manche ? Non ! Nous avons bien étudié la météo, nous resterons bien positionnés par rapport à la dépression et nous n'aurons que des vents portants. Le seul danger interviendra lors de notre approche de la côte française, la mer pourrait être fort agitée vers l'île de Sein.

 
La direction du vent change, Antoine choque les voiles toutes les dix minutes. Les choses sérieuses vont débuter ! Une fois que le centre de la dépression se sera décalé vers le nord est, la pression va remonter. Plus elle remontera vite, plus fort sera le vent. Nous allons donc garder un oeil sur le baromètre pour éviter les mauvaises surprises.
-" Hélène, Hélène, vite
- Qu'est ce qu'il se passe, ça va !
- Regarde
- Ah des dauphins et puis la aussi !
- Toujours aussi magique,... "

 

 

 

 

 

 

 

Incroyable même, les dauphins ne nous quittent plus. Une bonne vingtaine d'individus ne cessent de doubler Madéo avant de se repositionner à l'arrière et recommencer la manoeuvre. Ils sautent à chaque vague. Ils restent si longtemps que nous pouvons étudier ces sauts et déterminer assez précisément quand ils vont les exécuter. Pour les photos c'est très pratique bien sûr mais c'est surtout magique de comprendre pourquoi ils sautent. Chaque vague est une excuse, une opportunité pour prendre son élan et bondir hors de l'eau. Plus la vague est grosse, plus les dauphins seront nombreux à sauter en même temps.

Certains nous regardent à l'avant, ils se mettent de côté ou sur le dos et ouvrent grand leurs yeux. Magique ! Plus que magique !!! Ressentent-ils à quel point ils nous font plaisir quand on peut voir leur ventre et que nos regards se croisent…

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
Fini de jouer, nos amis sont partis… Le vent continue de grimper. Il est déjà temps de remettre le génois lourd. La courbe du baromètre nous promet un vent bien soutenu. Et pourquoi ne pas prendre un ris. Tant qu'on y est, prenons en deux tout de suite ce ne sera pas de trop. Madéo fuse au travers, c'est parfait nous serons dans les temps. Nous ne devons pas traîner car demain le vent sera plus capricieux et normalement pas à notre avantage. 7 noeuds, 8 noeuds, n'exagérons pas tout de même ! On enroule du génois…
La traversée ne durera que 24h, c'est peu comparé aux autres navigations. Pourtant il faut être très prudent car la zone est infestée de cargos. Nous allons croiser 5 routes, de jour et de nuit. La vigilance est de mise. Les courants de marées sont aussi très forts. Nous devons naviguer en fonction d'eux, l'arrivée à Sein ne se fait pas au hasard. Les courants y sont si forts que l'on ne peut passer que dans le bon sens. Difficile d'arriver à la bonne heure ! Mais deux choix sont possibles : entre la côte et Sein ou à l'extérieur de tout danger. Le vent et les vagues pourraient peser sur la balance aussi. Pour le moment cela ne change pas la route, nous ne pouvons que faire des estimations pour prévoir notre itinéraire.

 

 

- "Cargo à bâbord.
- Ça passe.
- Bof, pas sûr !"
La bête s'approche vite, elle ne se dévie pas. Passe ou passe pas ! Tous les cargos qui n'ont pas changé de route, sont passés devant nous. Pourtant ce coup ci se sera juste, à moins qu'il ne nous ait pas vu !!! Le radar nous renseigne sur la distance qui le sépare de nous : moins de 0,5 milles, c'est peu. Il doit transporter du gaz ou du liquide mais vu la hauteur de la bande d'antifouling rouge qui sort de l'eau, il doit être vide.
Ouahou !!! Il fonce… Il passe devant sans faire de signe : Beaufiks nous laisse dans la tempête.

 

 

 

La mer commence à se former sérieusement, heureusement le vent à plutôt tendance à adonner. Notre angle par rapport aux vagues augmente et celles-ci viendront bientôt de l'arrière. Madéo se plaît pour le moment, nous ne sommes pas surtoilé et la vitesse permet de franchir tous les obstacles. La nuit prend place, les phares devraient nous tenir compagnie car Ouessant n'est pas si loin.
Après multiples calculs de marée et étude de l'almanach du Marin Breton, Antoine décide de prendre le Raz de Sein. Nous devrions arriver juste à l'étale et profiter du courant pour dégager la zone et rejoindre la pointe de Penmach. Heure prévue de passage : 3h du matin.

Après Ouessant la mer devient beaucoup plus formée. La nuit est sombre et les vagues sont traîtres. Au largue, Madéo fuse toujours autant mais la mer gronde autour de nous. Antoine joue du régulateur pour faire un bon compromis entre notre cap, la vitesse et l'angle par rapport aux vagues. Celles-ci se brisent trop souvent sur le flanc du bateau et l'oblige à partir au lof. A chaque fois c'est une bonne douche, un bon coup de gîte et une grosse frayeur. Il faudrait réduire encore la toile pour soulager le régulateur d'allure mais la motivation n'est pas à son top niveau. Enrouler un peu génois et choquer la grand voile pourraient suffire ! Bingo, Madéo ne part plus au lof : Il surfe sur les vagues dès qu'elles lui poussent les fesses.

Des lumières scintillent partout maintenant, les phares et balises du Raz de Sein ne nous pas encore livré leur secret… Nous devons potasser la passe car c'est étroit, rempli de cailloux et vraiment sombre. Même si le GPS et les cartes électroniques nous montre le chemin, on préfère vérifier que dehors rien n'a bougé ! Les autres lumières qui perturbent le quart sont en mouvement : des petits bateaux de pêches qui disparaissent entre deux vagues, difficile de juger leur vitesse, leur cap. Le radar ne les repères pas et c'est donc à nous de bien contrôler ces lampions.
Un paramètre nous a échappé, l'île de Sein protège le Raz des vents d'ouest… Nous sommes proches du but, le vent s'évade, les vagues fuient… Bientôt, il faudra relancer toute la toile pour avancer !
- " Hélène, réveille-toi… On arrive au Raz de Sein
- Mais c'est tout calme !
- C'est cool, l'île nous protège… On pensait que le passage serait chaud, en fait c'est reposant ! Nous avons même le courant qui nous aide."

Nous slalomons dans un balai de lumière, au loin la dernière balise nous mène dans la baie d'Audierne. Le jour se lève. Bonjour la France, bonjour la Bretagne, nous sommes de retour. Les côtes sont truffées de dangers mais contrairement aux pays pauvres ils sont tous signalés. Depuis Sein le vent s'est calmé, la navigation est beaucoup plus tranquille. Dernière ligne droite après Penmach, génois en ciseaux, petit déjeuner, un peu de nostalgie… On essaye de joindre Nicolas et Oscar pour organiser les deux jours qu'il nous reste avant le 15 août. Pas de réponse… Nous ferons donc d'abord escale à Port-la-Forêt.

 

 

 

vendredi 13 août
 
Antoine appelle la capitainerie en espérant tomber sur Philoun (le mari de sa soeur). VHF canal 9… Le beau frère n'est pas disponible mais nous avons une place sur le ponton visiteur et quelqu'un va prévenir qu'Antoine et Hélène débarquent après un an de mer et un petit Tour de l'Atlantique.
Après avoir légèrement escaladé le catway, nous posons pied à terre… Ces premiers pas sur la terre ferme de Port-La-Forêt sont remplis d'émotion. Philoun, prévenu de notre arrivée, a contacté la famille Hache. Il est 12h00, tout le monde va débarquer pour nous accueillir. Marine, Irène, Juliette, Séverine, Alexandre, maman et papa ! Quelle photo de famille !!! Antoine est au bord des larmes, nous n'avions pas prévu des les voir aujourd'hui et pourtant dès qu'ils ont su, ils ont cessés leurs activités et sont venus nous retrouver… C'est touchant !
 
Et pendant ce temps une autre surprise se met en place !!!
 

 

Il nous reste un jour avant de débarquer les affaires du bateau… Oscar et son équipage sont au Glénan. Nous avions prévu de s'y retrouver et enfin nous arrivons à les contacter. Bye bye la famille on repart pour dernière virée, rendez vous demain après-midi.

 

Madéo connaît bien la route, il part à tout allure au près direction les Pierres Noires. Oscar ne connaît pas trop le coin et quand il nous voit naviguer dans le lagon sans carte, il est sur le * ! Avec notre mètre de tirant d'eau on n'a peur de rien. Après une recherche rapide d'un mouillage tranquille, on se rabat sur la Pie.

La tempête, qui nous a propulsé des Scilly à la Bretagne, et les dépressions qui ont précédés, ont forcé les voiliers à rester au port. Résultat les Glénan n'ont jamais été aussi peu fréquenté un week-end du 15 août. Mais le vent reste dans les esprits et tout le monde s'est réfugié à la Pie.

 

Oscar a pris un corps-mort, une mésaventure en début de semaine l'a refroidi ! Pendant que l'équipage se réchauffait le gosier à la Boucane (bar de l'île), Oscar chassait !
Une ancre de 30 kg, 40m de chaîne de 12 pour 6m de fond c'est largement dimensionné. Sauf si l'ancre se pose sur un tas d'algues vertes et glisse gentiment sur le sol sans s'y planter. L'eau est fraîche ici, on ne plonge plus vérifier son mouillage !
Le bateau est parti, il a passé les Pierres Noires sans s'échouer et a continué sa route vers les Moutons.

C'est le bateau à moteur du Centre International de Plongée qui la sauvé du désastre. Les autres voiliers du mouillage n'étaient pas assez motorisés pour arrêter le voilier dans sa course.


Madéo trouve une place en première ligne bien sûr. Peu de fond, un peu à l'écart, la vue dégagée, nous serons bien ici pour notre dernière nuit en mer. Certes il y a du monde au mouillage car tous les bateaux sont là mais Oscar ne peut se permettre de naviguer librement et de mouiller sans trop réfléchir avec ses 2m de tirant d'eau. Nous dormirons à la Pie et ce sera la première fois.
Basile vient nous chercher en annexe, nous profitons de la plage pour nous raconter les dernières péripéties de chacun. Apéro le soir et repas sur Oscar.

 

 

 

samedi 14 août
 

Résultat médiocre, les crevettes dans les parages se rassemblent dans des petites mares et se battent avec deux ou trois crabes ! La pêche n'est pas miraculeuse mais l'initiation est réussie : découverte des crabes, des crevettes, des petits poissons, des anémones…

Nous avons raconté nos pêches à la crevette aux Scilly et l'équipage d'Oscar est très intéressé pour tenter l'expérience. Nos véritables parisiens, n'ont jamais mis les pieds dans les mares. Le rendez-vous est pris, 9h00 au petit déjeuner sur Madéo. Il pleut, le ciel est gris, beurk ! Motivé, motivé… Enfilage des bottes et des cirés, embarquement du matériel dans l'annexe, remontée de l'annexe sur la plage et en route pour la pêche !

 

 

Il est temps pour nous de remettre les voiles sur Port La Forêt. Le but de la journée est de vider Madéo de tous les souvenirs de voyage pour les exposer dans la maison des parents d'Antoine qui accueillera de nombreux invités demain. Nous arrivons à quai et très vite nous commençons à sortir les bambous des différences endroits de stockage.

 

Les parents d'Antoine arrivent avec des cartons pour emballer les affaires du Sénégal et les bouteilles d'alcool qui aimeraient bien éviter les douanes. Mais d'autres cartons arrivent sur le ponton visiteur… Ceux-ci sont pleins. Enfin des gens sont dedans ! C'est quoi ce cirque ! Ils sont tarés de se balader dans des cartons.
« Surprise »
Nouvelle séquence émotion… La famille d'Hélène a débarqué, ce n'était pas du tout prévu, ils habitent à 1 000 km d'ici ! Richard, Catherine, Rémi et Anne sont sous les cartons. Hélène a du mal à s'en remettre. Mathieu et Alysée (les conjoints), rejoignent la troupe quelques minutes plus tard.

 

 

 

 

Photo de groupe pour immortaliser cette journée surprise. Le temps est vraiment très variable, le soleil brille cet après midi et nous permet de travailler au chaud. Les filles s'accordent une pause et motivent les gars pour porter les derniers cartons bien trop lourds pour elles.
Et bien quelle main d'oeuvre ! Le bateau se vide vraiment vite, la remorque et les voitures sont chargées dans la foulée. Une montagne d'affaire, on est toujours surpris de ce que l'on peut caser dans un voilier.
Embarquement pour la maison des parents d'Antoine… Nous avons toujours autant de main d'oeuvre alors toutes les affaires se retrouvent bien vite sur la pelouse.

 

 

Maintenant place aux esprits créatifs : les bambous servent de structure pour représenter Madéo dans le jardin, la grande voile du voyage témoigne des nombreuses heures de navigation, les rhums arrangés attendent les invités dans le salon, les tableaux de Gorée décorent les murs, les tissus recouvrent les canapés, les coquillages maquillent le jardin, les chaises sont éparpillées et le reste trouve place sur les buffets du salon. Quel travail en si peu de temps ! Merci à tous pour cette aide efficace.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les parents restent ici et les jeunes sont priés de rejoindre leur quartier. Apéritif au camping de Lanadan, pizza à Port-La-Forêt et enfin préparation du punch pour le lendemain. Jeff, Catherine et Samuel (Nos amis qui nous avaient rejoint au Sénégal) nous ont retrouvé sur Madéo. Rhum, jus de fruit exotique, sucre de canne, le punch délivre ses arômes et chacun donne son avis sur les différents mélanges. Au lit, la journée sera longue, un peu de repos nous fera le plus grand bien pour accoster sur les pontons de Concarneau d'où nous sommes partis il y a 11 mois et demi.

 

 

 

la suite : la fête du 15 août avant | après
retour page escales