Madéo est au
sec. Nous avons beaucoup de travail pour lui refaire une beauté
et seulement 15 jours pour s'en occuper. Vendre notre maison à
un prix correct serait bon le moral. Mais revoir la famille c'est
encore plus important pour le moral et surtout pour le moral d'Hélène
qui a quitté ses proches et ses montagnes depuis notre mariage
le 3 mai 2003.
Alors Madéo attendra, et puis Madéo est en pleine
forme en fait. Refaire les peintures, les vernis, et surtout le
pont et le cockpit, poser de la moquette,… tout ceci enlèverait
presque l'âme de Madéo. On ne veut pas ce voilier parce
qu'il est brillant et refait à neuf, on ne doit pas être
du genre à briquer, frotter, réparer la moindre éraflure,
hurler de colère dès que l'on frôle le quai,
dès qu'une cuillère tombe dans le cockpit. Madéo
est robuste, en bon état, son emballage reflète sa
vie, le temps que ses propriétaires ont passé à
rencontrer les indigènes plutôt que les balais brosses.
L'entretien que nous avons accordé à Madéo
a été soutenu mais toujours ciblés : la coque,
le gréement, le moteur, l'électronique.
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C'est donc décidé, nous prenons notre week-end pour
rejoindre nos proches à l'autre bout de la France. 2 000
km en deux jours, c'est rapide un train… On a perdu l'habitude
de voir le paysage défiler aussi vite. C'est triste on ne
profite pas des régions que l'on traverse. La plupart d'entre
elles nous sont inconnues et nous ne nous y arrêterons peut-être
jamais. Et pourtant il y a sûrement des gens qui méritent
d'être écoutés, des villages qui témoignent
d'une histoire passionnante, des forêts, des rivières
qui abritent toute une vie dont on n'a pas idée.
Rosporden – Quimperlé – Lorient – Auray
– Vannes – Redon – Rennes – Laval –
Le Mans – Chartres – Paris
PARIS ….
La dure réalité qui refait surface. Le train a plongé
dans un tunnel, puis un autre, encore un autre, et c'est là
que l'image nous revient, ce sont les tunnel avant Paris, nous passons
sous la grande muraille qui abrite un peuple différent, un
peuple méfiant, un peuple qui ne doit compter que sur lui-même
pour survivre. Ici personne ne vous portera secours, attention vous
entrez dans une zone non surveillée, planquez vos portefeuilles,
ne sortez pas seul, ranger vos sourires et ne regardez pas les gens
dans les yeux. Ici on travaille et on dépense, tout est tourné
vers l'argent, l'aspect, le regard des autres.
Notre passage sera bref, un coup d'oeil sur la tour Montparnasse,
un bout de ciel et hop on replonge dans les tunnels du métro
pour la gare de l'Est. Ceux qui aiment Paris trouveront que j'exagère
et que je ne parle pas de la beauté de Paris et de tout ceux
que l'on peut y faire. Mais le sujet n'est pas là, nous avons
appris pendant ce voyage que nous n'étions pas seul au monde
et que les autres avaient beaucoup à nous apporter quelque
soit leur origine et leur niveau social. Et nous revoilà
tête baissée dans le métro, pardon, pardon et
puis plus rien, il n'a fallut que quelques minutes pour comprendre
que personne ne fait attention à nos pardons, qu'il faut
se bousculer pour espérer passer, que nous sommes pressés
car on passe trop de temps sous terre.
Gare de l'Est, c'est parti pour l'autre moitié de la France.
A nouveau nous croisons des régions inexplorées…
Direction Strasbourg, mais nous sauterons du train à Nancy
pour terminer le voyage dans une petite micheline rouge et blanche.
Epinal, « Epinal, terminus de ce train, tous les voyageurs
sont invités à descendre, nous espérons que
vous avez passé un agréable voyage ». Oui, merci…
Enfin c'était un peu rapide, on a pas eu le temps voir le
paysage, ni même de discuter avec les autres voyageurs.
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