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Voiles sans frontières
 
Voiles sans Frontières est une association humanitaire. Elle s'est donnée pour objectifs :
LA COLLECTE ET L'ACHEMINEMENT
gracieux de surplus de biens de production ou de consommation collectés en France, à bord de voiliers en partance recrutés et regroupés par l'association, à destination de pays en voie de développement.

LA MEDICALISATION ITINERANTE
organisée sur les lieux de la mission en cours, à bord de voiliers de la flotte VSF et dispensée par des professionnels de la santé à titre bénévole.

LA MISE EN SYNERGIE
de tout moyen et de toute compétence présents à bord des voiliers de la flotte VSF, pour la réalisation de projets concourant à la dignité et au mieux-être de l'Homme.

UN ROLE PEDAGOGIQUE, SOCIAL ET CULTUREL en FRANCE
- pédagogique par un travail avec les écoles
- social en faveur des jeunes issus de milieux défavorisés
- culturel par ses démarches en communication

Pour en savoir plus... www.voilessansfrontieres.org

Le potentiel "Voiles sans Frontières", c'est 300 voiliers en partance chaque année, qui autorisent :
un franchissement aisé des frontières,
l'intervention dans les lieux où l'acheminement par mer, terre ou air est rendu difficile en raison :   d'une situation géographique particulière (archipels éloignés, faibles hauteurs d'eau...)
  d'événements politiques, économiques, rendant un acheminement traditionnel impossible (conflit ayant rendu les routes impraticables par exemple)
  la médicalisation itinérante au profit des populations les plus isolées (sites uniquement accessibles aux bateaux à faible tirant d'eau)
   
Une partie du récit de Choume en Casamance
Choume, le retour...

C'est la tête pleine de souvenirs et le coeur un peu triste que le samedi 6 septembre nous levons l'ancre et quittons Nioumoune pour rentrer sur Dakar. Long coup de corne de brume en passant devant le campement de Hyacinthe et Jean Christophe, derniers signes d'adieux aux amis du village et le courant de la Casamance nous entraîne vers la mer. Un peu de retard sur l'horaire de la marée et une météo plutôt maussade nous incitent à une courte escale à Djogué, très joli petit village juste à l'embouchure du fleuve. Nous mouillons pour la nuit dans le méandre d'un marigot parmi les pirogues colorées des pêcheurs. Le lendemain, la sortie vers l'océan ne pose pas de problème et c'est parti pour 150 milles avec, pour la première fois depuis deux mois, un cap au Nord, preuve que nous amorçons le chemin du retour. Calmes et grains orageux alterneront durant toute cette étape et Alain en profitera pour animer le trajet d'une crise de coliques néphrétiques pour le moins très aiguë puisqu'il faudra lui injecter un antalgique par piqûre juste après avoir pris le deuxième ris à force 7 ! Heureusement, le lendemain après midi, lors de l'arrivée à Dakar, tout rentre dans l'ordre mais il a quand même drôlement dérouillé !
Comme à l'aller, on mouillera à Han Marinas, endroit agréable, bien abrité et gardé où l'on peut laisser le bateau en toute sécurité pour un prix raisonnable. Nous profiterons des derniers jours avant le retour de l'équipage en avion pour nous rendre à Saint Louis du Sénégal en taxi brousse. Encore une belle aventure qui nous fera découvrir le charme désuet de cette ancienne capitale aux maisons couleur du sable du désert tout proche.

Départ précipité :
Samedi 13 septembre, dans le petit port, un équipage s'active depuis le matin, c'est celui du Choume: nettoyage des réservoirs, plein d'eau malgré un robinet qui se prend pour un compte goutte! Ravitaillement en tout genre, vérification des voiles, du gréement, du moteur, du régulateur etc. Déjà, la veille, c'était le carénage à flot et donc en plongée, opération oh combien utile à cause des algues, coquillages et anatifes en tout genre qui prolifèrent sur la totalité de la coque. Tout cela sent le grand départ et, de fait, après des adieux très écourtés (je n'aime pas faire traîner ce genre de situation...) je largue les amarres pour une remontée de l'Atlantique en solitaire. Il me faudra plusieurs jours pour digérer cette déchirure que constitue une séparation qui risque de durer plus d'un mois vu les conditions difficiles que je suis à peu près sûr de rencontrer sur la route du retour.
Le premier jour, le vent de Nord Est me permet de faire route directe vers le cap Timiris, mais petit à petit il passe au Nord et, comme je l'avais prévu, ma route s'incurve vers le large me faisant pointer l'étrave vers les Açores. Durant cinq jours, je remonte au près pas très serré car le vent est assez fort (5 à 6) et j'ai toujours au moins un ris si ce n'est deux. L'avant tape dans les vagues et les paquets de mer balaient souvent le pont. On dit que le bonheur est dans le près, je devrais être un homme comblé!
Pour l'instant, j'ai réussi à établir une seule liaison radio avec Robert 132, l'un des radio-amateurs de VSF. A l'aller, je ne l'avais joint qu'à deux reprises, mais tous les jours, à l'heure dite, je renouvelle la tentative en espérant une amélioration de la propagation des ondes.

La dérive à la dérive !
L'après-midi du sixième jour de navigation, je suis à l'intérieur et je constate des chocs bizarres au niveau du puits de dérive, le tout accompagné de cognements sourds : inquiétant! Puis le bruit change, maintenant c'est plutôt un grincement du genre alu sur alu... Il est 18 heures 30, ça s'amplifie et il devient évident qu'il se passe des choses anormales dans ce puits de dérive. En vérifiant le bout de manoeuvre, je m'aperçois qu'il est tendu comme une corde à piano et qu'il est impossible de le manoeuvrer même au winch. Cette fois, le problème est bien là! En analysant toutes les possibilités, j'en viens à la conclusion que c'est l'axe de rotation de la dérive qui est en cause: il est peut être cassé ou il a glissé de son logement. Les cinq jours et cinq nuits passés au près dans des conditions sévères sur le même bord ont peut être eu raison des systèmes de blocage de cet axe. Toujours est-il que ma dérive a choisi de divorcer sans consentement mutuel, cela à 500 milles de Dakar, 400 des îles du Cap Vert, 350 de la première île des Canaries et 800 milles des Açores. Quant à la Mauritanie, il vaut mieux ne pas y compter! Les idées se bousculent dans ma tête: pas de dérive, c'est pas de près serré, du temps à rajouter, des réparations qui vont encore me retarder, pire, en refaire une si je la perds... L'évidence me saute aux yeux : il faut tout faire pour la récupérer s'il en est encore temps! Pris d'une hyper activité fébrile, je sors l'équipement de plongée, vite avant qu'il fasse noir! Mais il est déjà 19 heures 30 et je dois me résigner: la manoeuvre est très complexe, difficile et physique, les conditions de mer pas très favorables (force 4 à 5) et la nuit sera là dans un quart d'heure, il faut attendre le lendemain...
La nuit est atroce, les coups de boutoir de la dérive deviennent de plus en plus rudes et à chaque fois, mes boyaux se tordent. Pourtant, il faut que ça tienne ! J'essaye d'adopter une allure réduite et plus confortable pour amortir les mouvements du bateau. Et le matin qui n'en finit pas d'arriver! Enfin 6 heures! L'obscurité est toujours là mais je commence les préparatifs. Pendant toute la nuit j'ai analysé le problème et répété mentalement la manoeuvre. Tout d'abord, immobiliser le bateau, affaler les voiles bien sûr mais avec le vent, il avancera encore, solution : l'ancre flottante. La sortir n'est déjà pas chose facile (elle est rangée tout au fond de la soute !), ensuite il faut l'installer avec son amarre et son orin pour la remonter, puis mettre le bateau face aux vagues. Je décide ensuite d'installer une amarre en diagonale de l'avant à l'arrière sous le bateau pour que je puisse me tracter dessus lorsque je serai en plongée. Je prépare aussi un cordage pour m'attacher, un autre pour attacher la dérive (si elle est encore là...). A 8 heures, je suis prêt. Pas trop rassuré quand même, je prends le couteau de plongée à tout hasard, baisse l'échelle, vérifie mes attaches et plonge un peu plus vite que prévu (une vague un peu plus grosse que les autres m'a un peu aidé !) mais ça va, je suis à l'eau. Le premier coup d'oeil révèle la situation que j'avais prévue : la dérive est là, sa partie avant complètement sortie du puits et retenue seulement par le bout de manoeuvre. L'axe a glissé mais, coup de chance, seulement de la moitié et il est toujours là. Je le récupère et je remonte chercher le cordage qui pend le long de la coque et que j'ai préparé pour attacher la dérive (en solitaire, il faut tout prévoir et anticiper). Une fois la dérive assurée, je remonte à bord, ce qui n'est pas chose facile avec la bouteille sur le dos et les vagues qui lèvent la jupe et plient l'échelle !
Le plus dur reste à faire : laisser la dérive sortir complètement en libérant le bout de manoeuvre, la reprendre par le cordage que j'y ai fixé et que je compte raccorder à la drisse de spi pour la wincher, enfin hisser les 60 kilos de la bête dans le roulis pour l'amener sur le pont. J'ai prévu des parebattages le long de la coque mais je ne me fais guère d'illusion sur leur efficacité. Pourtant, tout se passera comme prévu. Il est quand même 10 heures 30 quand le bateau est navigable mais dans un désordre indescriptible (amarres, matériel de plongée, ancre flottante, soute vidée etc.) mais je refais route vers le Nord. Je décide d'essayer de gagner Hiéro, petite île du Sud Ouest des Canaries où je sais trouver un chantier pour réparer.
J'y parviendrai après une semaine de navigation zigzagodromique. Heureusement, je pourrai établir deux liaisons radio avec Robert 132 qui préviendra épouse et famille, les rassurera et me communiquera des météos bien utiles établies par son collègue Daniel 10. Ah la solidarité des gens de mer !


Hiéro, chéro !
Un des principaux défauts du navigateur solitaire, l'entêtement, devient une qualité en mer ! et il en faut de l'entêtement pour parcourir 350 milles en près de 7 jours ! Un peu plus de 50 milles de progression par jour, c'est vraiment pas terrible mais sans dérive et avec le vent dans le nez, je n'ai pas pu faire mieux ! En réalité, j'ai parcouru 700 milles depuis l'incident en tirant des bords plus que carrés (130° entre chaque bord !) . Une fois à Hiéro, je constaterai que dans ces contrées, il vaut mieux compter sur ses propres ressources plutôt que sur les infrastructures auxquelles on est habitué en Europe. Il ne faut pas hésiter aussi à penser autrement et à adopter des solutions moins conventionnelles pour réparer. Heureusement, la population locale est très accueillante et les pêcheurs travaillant à leur bateau sur le chantier ne refuseront jamais de me prêter les outils nécessaires ni de me donner un coup de main à l'occasion.
Arrivé le jeudi, le Choume repartira le mercredi suivant et, comme le disait Jeff, le mécano belge du travel lift dans son inimitable accent belge hispanisant : En route pour de nouvelles aventures une fois !

Une mer très cassante :
L'étape suivante me conduira logiquement à Madère en trois jours de navigation beaucoup plus tranquille ou tout au moins plus normale. Seul fait marquant de cette courte étape : une énorme dorade coryphène d'environ 1,20 mètre viendra casser ma ligne de pêche qui m'accompagnait fidèlement depuis mon départ de France. Finalement, ce n'était pas plus mal pour elle car je ne vois pas ce que j'aurais faire de tout ce poisson !
Après un nouveau ravitaillement à Funchal, je reprends ma progression vers le Nord avec une météo pas très réjouissante puisqu'elle annonce du Nord Est 5 à 6 , mais bon, c'est à peu près ce que j'ai eu depuis le début...Pourtant, dès la première nuit, il s'avère que la situation a été sous-estimée : j'ai deux ris en permanence et 50% du génois roulé. De fait, le lendemain, radio Monaco et RFI sont d'accord sur un force 6 localement 7 et sur une mer très forte. Je pense que j'ai eu les localement ... Quand à la mer, elle est effectivement très forte (creux de 4 à 6 mètres) et surtout les crêtes déferlent, ce qui fait souffrir le bateau et les voiles car les paquets de mer commencent à monter très haut. A tel point que les coulisseaux du bas de la grand-voile arisée lâchent les uns après les autres. Pour remédier à cela, j'établis un transfilage autour du mât en passant dans les oeillets de la voile mais je ne peux monter très haut à cause des embardées du bateau qui bondit comme un mustang de rodéo ! Même à l'intérieur, ces mouvements commencent à me poser des problèmes : par deux fois, je me retrouve projeté dans des directions les plus inattendues. La seconde fois, j'arrache le récepteur radio et son support fixé sur la cloison de la table à cartes avant d'atterrir sur la porte de la cabine arrière, sa poignée me gratifiant au passage d'une belle bosse sur le bassin !
Les conditions continuant à se dégrader, je suis en train de prendre le troisième ris lorsque je constate que le génois commence à se déchirer, d'abord la bande anti-UV puis la voile elle même. Il faut dire que lui aussi est très exposé aux vagues. La situation devient très préoccupante : il est évident que dans ces conditions , progresser contre le vent dans cette mer cassante devient pour le moins limite. Je pense au demi-tour vers Madère mais je ne parviens pas à m'y résoudre. J'attends la prochaine météo, puis encore la suivante... Toujours aucun changement annoncé... Je roule le génois pour résorber les 80 centimètres de déchirure ce qui me fait perdre beaucoup de cap si je veux garder un peu de vitesse. Il faut se décider et je me fixe une heure buttoir : à 16 heures, il faudra choisir : poursuivre ou jeter l'éponge ! A l'heure dite, je mets le cap sur Madère la mort dans l'âme. La seule chose qui me console un peu, c'est que le bateau, avec le peu de voilure établie (3 ris et 4 ou 5 mètres carrés de génois) surfe à plus de 12 noeuds sur les vagues. Et de fait, après ces 70 heures pénibles passées au près, il ne me faudra que 20 heures pour regagner Porto Santo, petite île à l'Est de Madère. Là, l'accueil est réconfortant mais point de voilerie comme dans tout l'archipel d'ailleurs. Il me faut donc envisager l'expédition du génois que je ne peux réparer avec les moyens du bord, ce qui va demander beaucoup de temps. Comme je suis déjà bien en retard, je décide de laisser le bateau au sec au chantier Assistencia Nautica jusqu'au mois de mars et de terminer la remontée au printemps prochain quand les conditions seront, je l'espère, moins pénibles. Je recommande particulièrement ce chantier pour les navigateurs qui ont des problèmes techniques car son personnel très compétent vous réservera un accueil très chaleureux et vous trouverez toujours quelqu'un s'exprimant dans un Français irréprochable, ce qui facilite bien les choses. En plus les bateaux VSF y bénéficient de conditions avantageuses.
C'est ainsi qu'après avoir réglé tous les problèmes administratifs et préparé l'hivernage du bateau, j'atterris le 10 octobre à Londres avant de trouver un train pour regagner le Nord de la France.

Au terme de ce voyage-aventure, ce sont surtout les relations humaines qui m'ont marqué et j'en ressors avec une vision très positive des hommes et des femmes que j'ai rencontrés. A une époque où l'on se montre souvent pessimiste en regard du manque de solidarité ou simplement de l'indifférence vis à vis de son voisin, ce genre d'expérience à le mérite de vous recharger en optimisme et de vous démontrer que les individus possèdent en eux des vertus et une chaleur qui ne demandent qu'à s'extérioriser pour peu qu'on sache créer un climat ou de situations favorables à leur expression.

 
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Malo Ciao à Dakar et en Casamance
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